mercredi 30 janvier 2008

Les professeurs-documentalistes aux confluences des mutations



Loïc Le Roux
IUFM de La Réunion

« La nouvelle fracture numérique n’est donc pas entre ceux qui peuvent s’offrir les machines et les services et ceux qui ne le peuvent pas, mais entre ceux qui savent les utiliser à leur avantage et ceux qui sont victimes de la sur-information. Ce n’est pas un problème entre ceux qui "possèdent" et les autres, mais entre ceux qui "savent" et les autres. » Howard Rheingold [1]

Résumé. - Internet à l’école marque un changement dans le fait de penser la documentation et le rôle des CDI. Si les pratiques des professeurs-documentalistes toujours tributaires de multiples facteurs pouvaient - avant l’arrivée du numérique - se réguler, aujourd’hui il est nécessaire de penser l’organisation de la documentation et de ses acteurs de manière plus complexe afin de délivrer des pratiques en réponse aux nouveaux enjeux de la « société de l’information ».

Descripteurs TEE [2] : internet / CDI / documentaliste / enseignement secondaire / compétence en recherche d’information / méthode de recherche.

Préambule : la documentation scolaire, un métier en constante mutation

Depuis ces quinze dernières années (1989-2004), la profession de documentaliste d’établissement du second degré en France ne cesse de se modifier à la fois dans ses missions et dans ses pratiques [3]

Avec la création du CAPES en 1989 [4] (premier concours externe ouvert en 1990), le « documentaliste-bibliothécaire » - tel qu’il est défini dans la circulaire du 13 mars 1986 portant sur les Missions des personnels exerçant dans les centres de documentation et d’information - devient statutairement un professeur certifié en documentation. Il gère un fonds documentaire circonscrit dans un lieu précis : le centre de documentation et d’information (CDI). Expert en bibliothéconomie et en gestion de l’information, il dispense des savoir-faire notamment au cours d’initiations à la recherche documentaire en sixième et des séances d’approfondissement en classes de seconde.

Avec l’apparition des nouveaux dispositifs pédagogiques transversaux pour le collège et le lycée - itinéraires de découverte (IDD), travaux personnels encadrés (TPE), projet pluridisciplinaire à caractère professionnel (PPCP), éducation civique juridique et sociale (ECJS) - puis la mise en place progressive du brevet informatique et Internet (B2I), le rôle du professeur-documentaliste devient plus important. « Mécaniquement » déjà, ne serait-ce que par le rôle incontournable de l’espace CDI assigné par les textes officiels, il n’est plus seulement une interface privilégiée entre le document et l’élève - un « intermédiaire des chercheurs et des curieux [5] » selon Paul Otlet - mais devient un enseignant délivrant une pédagogie documentaire transversale, souvent innovante, bien en amont du document existant.

Autre révolution autour de la documentation scolaire et de ses acteurs : la venue progressive d’Internet en France à partir de 1994 puis le rôle incontournable du Réseau des réseaux ces dernières années. Ces deux événements majeurs - l’institutionnalisation d’une profession par le CAPES et l’arrivée des technologies de l’information et de la communication - modifient profondément les missions du documentaliste et le fonctionnement du CDI (car il y a - nous le verrons par la suite - communément imbrication étroite entre le lieu et la personne).

Nous étudierons dans cet article - en utilisant l’approche systémique (Rosnay, 1977 ; Lapointe, 1993 ; Le Moigne, 1999) - la place du CDI ainsi que les pratiques du professeur-documentaliste avant et après l’arrivée d’Internet à l’école en montrant qu’il existe un changement paradigmatique au cours de cette période. Nous tenterons ensuite d’examiner les stratégies développées par les professeurs-documentalistes dans leur recherche du document numérique en ligne et leur gestion documentaire. Puis nous essaierons d’apporter un éclairage et quelques réflexions sur la complexité des mutations actuelles. [6]

I. Un système autopoiétique : le CDI, le documentaliste et les supports traditionnels

- A. Un territoire encore circonscrit à la « galaxie Gutenberg [7] »

Le CDI n’est pas l’unique territoire du professeur-documentaliste. Si ce lieu d’exercice quotidien (30h par semaine) est au centre de documentation, le documentaliste a aussi une mission de recherche et de prospection (6h) à l’extérieur de son établissement (recherche en librairie, veille culturelle auprès des musées, centres artistiques et associations par exemple). Il est légitime cependant de voir dans le CDI le « territoire du quotidien » - au sens ethnologique - des documentalistes. La territorialité du CDI s’exerce avant tout dans un environnement. Situé « au cœur de la vie de l’établissement » comme le stipule la Loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989, le centre de documentation et d’information bénéficiant d’un positionnement stratégique génère une révolution des pratiques pour devenir un « CDI au cœur du projet pédagogique [8] ».

Ce territoire du quotidien est constitué selon des principes souvent communs à tous les établissements. La personnalité du documentaliste impose cependant à ce lieu une empreinte physique caractéristique sur les espaces de lecture, l’agencement du mobilier, l’éclairage, le choix du matériel de bibliothèque, etc. Néanmoins, il doit aussi prendre en compte des contraintes incompressibles : l’espace (la surface au sol et son aménagement : la banque de prêt, les OPAC [9] , les étagères, les ouvertures) et la sécurité.

L’espace CDI est un territoire complexe où le ratio nombre d’élèves, fréquentation, surface au sol et espaces spécialisés (archive, local serveur, reprographie, bureau de l’orientation et de l’action sociale) doit être pensé avec efficacité, fluidité et ergonomie. [10]

Tous les CDI disposent d’espace de lecture et de mètres linéaires en libre accès pour laisser les usagers chercher et découvrir à souhait un ouvrage ou une revue. Cette approche de « désintermédiation » territoriale est essentielle, surtout chez un jeune public où cette stratégie suscite curiosité et goût à la lecture par une appropriation privée du livre (cf. Certeau, 1990, 239-255) dans un lieu public à caractère éducatif.

La disposition de l’espace CDI est essentielle - nous le voyons - pour améliorer la gestion bien sûr mais aussi et surtout pour faciliter les pratiques des usagers (et celle du documentaliste).

- B. Entre pratiques bibliothéconomiques et pédagogie documentaire

En aval d’une politique documentaire d’établissement réfléchie, la documentation sur support imprimé nécessite un traitement complet et rigoureux. Les étapes de ce traitement documentaire sont constituées par la description bibliographique, la cotation et l’analyse documentaire (élaboration d’un résumé et indexation).

Le catalogage - avec la maintenance informatique - est l’une des activités chronophages de la profession (ce travail de bibliothéconomie peut parfois s’avérer délicat lorsqu’il faut analyser des articles spécialisés propres aux lycées professionnels). Le traitement est une activité méthodologique rigoureuse et résolument pédagogique. Dès son versement dans le catalogue, la principale relation entre le document et l’usager potentiel se trouve tributaire de la qualité de la notice analytique (interrogée par le logiciel documentaire). Dans le cas d’un centre disposant de magasins, c’est uniquement la notice qui joue le rôle exclusif d’interface entre l’usager et le fonds. Aussi est-il important que le documentaliste maîtrise correctement les outils et les langages documentaires à sa disposition.

Une des épreuves du CAPES externe de documentation prévoit notamment la recherche de documents électroniques (online et offline) et leur catalogage sommaire à travers un bordereau de traitement documentaire. Notons que cette épreuve orale d’admission semble être la seule épreuve des concours d’enseignement se déroulant entièrement sur Internet (Guy Pouzard in Baron et Bruillard, 2003, 44). La pratique du candidat en situation d’épreuve est quasiment comparable - stress du concours en moins - à celle du documentaliste en établissement. Après avoir sélectionné puis validé la ressource selon une grille plus ou moins institutionnelle [11] et/ou personnelle, il doit élaborer un document secondaire - une notice analytique - à partir du document primaire. Les « protagonistes » du « territoire CDI » sont représentés par un système relativement stable entre communauté éducative et élèves (les usagers), l’interface de recherche du logiciel documentaire (artefact), le professeur-documentaliste et le document papier. Ce système peut être analysé - dans sa pratique de recherche d’information au CDI - selon le modèle triadique de situations d’activités instrumentées (SAI) (Rabardel, 1995) : sujet - instrument - objet (livre). Il fait partie du « paradigme classique » de la documentation scolaire (Fondin, 2003).

Ce système utilisant des procédures normatives (normes AFNOR de catalogage, classification, thésaurus) est stable, homéostatique et autopoiétique (il se réorganise de manière permanente) : l’entropie informationnelle est maîtrisée par des outils régulateurs créant des boucles de néguentropie provisoires en évitant les déperditions d’informations (silence) ou l’excès inverse (bruit). Le système produit ses propres composants par « métabolisme documentaire », régénère continuellement par transformation et interaction le réseau qui les a produit et qui constitue « le système en tant qu’unité concrète dans l’espace où il existe, en spécifiant le domaine topologique où il se réalise comme réseau » (Varela 1989, 45).

Les artefacts classiques de la gestion documentaire :

En documentation, il existe deux grands outils d’indexation : les thésaurus et les classifications. Toutes les bibliothèques disposent d’outils similaires même si les thésaurus sont souvent peu usités [12].

Les thésaurus sont des listes de termes univoques appelés descripteurs connectés entre-eux par relations d’appartenances parentales et hiérarchiques. Les termes génériques (TG) sont supérieures aux termes spécifiques (TS) et sont en relation(s) non hiérarchique(s) avec des termes associés (TA). Ainsi dans Motbis 3.1 le thésaurus encyclopédique de l’Education nationale [13] : Antiquité égyptienne est un TS de Antiquité (TG : Histoire). Et Pyramide est considéré comme un TA puisqu’il fait partie du microthésaurus [14] ayant pour TG : Monument.

Autre outil plus connu des usagers des bibliothèques en général : les systèmes de classifications. Il en existe plusieurs mais les plus utilisées sont la classification décimale universelle (CDU) et la classification décimale de Dewey (CDD). Celle-ci étant présente dans la très grande majorité des CDI, des bibliothèques publiques de prêt et à la Bibliothèque nationale de France (pour le fonds en libre accès).

La CDD permet dans un CDI de classer le livre selon une organisation systématique en relation avec un indice numérique. Toutes les monographies dont les thèmes sont proches sont localisées ensemble autour d’un même indice suivi des trois premières lettres du nom de l’auteur (dans les cas les plus simples). Les classifications sont héritières de la catégorisation scientiste de l’état des savoirs caractéristique du courant positiviste de la fin du 19ème siècle ; ce qui rend leur structure parfois peu adaptée à certaines branches disciplinaires du début du 21ème siècle ... Mais l’intérêt actuel de ces classifications (la CDD est continuellement mise à jour [15]) est de permettre d’organiser les collections pour l’usager et d’orienter celui-ci de façon plus ou moins consciente dans sa « recherche /déambulation » (son « braconnage » selon Certeau) autour des rayonnages afin qu’il se construise un parcours livresque et intellectuel (en « accordant » fortuitement à l’usager le pouvoir de trouver un livre qu’il ne cherche pas !).

Les frontières entre CDI, bibliothèques publiques et services communs de documentation semblent s’amenuiser actuellement par le libre-accès généralisé.

- C. Maillage documentaire et partenariat en réseau

Le CDI s’insère dans différents réseaux en interactions les uns avec les autres. Situé au cœur de l’établissement, il est un passage obligé des élèves et des enseignants. Passage long au regard d’un cursus scolaire, plus court lors de séquences pédagogiques ou pendant les temps de recherche. Passage éclair pendant les intercours. Il existe toujours dans ce système ouvert une notion de temps à prendre en compte : une recherche se situe toujours dans l’espace et le temps (Fondin, 2002 ; Perriault, 2002). Un temps modulable aussi entre appropriation publique (initiation des sixièmes, IDD, PPCP, etc.) et appropriation privée (lecture plaisir, recherche personnelle, « errance cognitive »).

Le CDI et son acteur principal, le documentaliste, participent aux séquences pédagogiques, tissent des liens transversaux avec les disciplines et l’administration et deviennent souvent des acteurs importants d’un partenariat éducatif avec la société civile hors de l’établissement. Les réponses à un questionnaire envoyé sur les listes de discussion et sur les sites académiques (entre le 26 avril et le 05 juin 2004 où nous avons recueilli 618 réponses) montrent des pourcentages cumulés élevés pour des manifestations ne s’inscrivant pas uniquement dans un programme scolaire (Lire en fête, Printemps des poètes, Journée du Patrimoine, Semaine de la presse, Prix des incorruptibles, Journée nationale de la Résistance ...). L’espace CDI et les missions du professeur-documentaliste redessinent le paysage documentaire de l’établissement. Le maillage documentaire permet d’optimiser la visibilité des ressources des CDI en proposant des coopérations documentaires avec d’autres organismes similaires de la région (archive départementale, bibliothèque municipale, CDDP, musée, etc.). Une coopération fait naître un réseau d’échange et de partage des tâches et des savoirs.

Mutualisation, partenariat, veille informationnelle, contacts privilégiés (écrivains et conteurs invités par exemple) sont autant d’atouts d’un CDI à la foi ancré dans l’établissement et tourné vers l’extérieur.

II. Un système complexe : le CDI, le documentaliste et le document numérique

- A. Les enjeux culturels de la « galaxie Internet [16] »

Prédisposé [17] à évoluer en réseau et à étendre son territoire, le CDI, avec l’avènement majeur du Web en France, se trouve confronté à de nouveaux enjeux et doit se redéfinir une nouvelle identité. Lieu (centre de documentation et d’information : CDI) ou système (service d’information et de documentation : SID) expert ? Place du numérique et naissance d’un CDI virtuel ? Gestion et enseignement du document ou gestion et enseignement de l’information ?

Corrélativement, le professeur-documentaliste mute et modifie ses pratiques face à la prégnance culturelle du numérique. L’univers de la documentation change et ne devient plus pérenne : nouveaux réseaux, nouvelles technologies, nouveaux comportements, nouveaux usages, nouvelles pratiques ...

1. Typologie d’Internet et des outils de recherche

Afin de bien cerner les enjeux de ce changement de paradigme, il nous semble nécessaire - pour notre sujet [18] - de revenir rapidement sur le noyau central de ces transformations : le protocole de communication TCP/IP et par extension le réseau Internet.

Né en 1969 aux Etats-Unis, le Net devient vite populaire dès 1989 quand Tim Berners-Lee, physicien du Centre européen pour la recherche nucléaire (CERN), décide de mettre en place un nouveau protocole permettant de consulter des pages en relation les unes avec les autres par des liens (links). Ce nouveau service - le World Wide Web ou W3 - s’implémente sur une couche réseau (TCP /IP) et permet avec l’aide d’un navigateur (browser : Mosaic à cette époque) de naviguer de pages en pages au grès de liens hypertextuels. Ces liens proviennent de balises (appelées tags) encapsulant du texte (ASCII) et l’ensemble de ces balises forme un document hypermédia au format HTML (Hypertext markup language) [19].

La diffusion du « Réseau des réseaux » connut rapidement une inflation exponentielle. Actuellement, il est illusoire de tenter de chiffrer le Web. Sachons que le nombre de pages visibles par les moteurs de recherche doit être supérieur à quatre ou cinq milliards : chiffre donné en octobre 2002 par Olivier Andrieu [20]. The Censorware Project, estimait en novembre 2000 que le nombre de pages rajoutées en 24 heures était d’environ 4,5 millions... (Foenix-Riou, 2001, 10).

La lecture des études menées par des sociétés de veille montre que le coefficient permettant d’évaluer approximativement la taille du Web invisible (les pages non indexées par les outils de recherche) par rapport à celle du Web visible [21] serait de l’ordre 260. Au-delà de cet exercice plus que délicat, retenons que s’il est impossible de quantifier le Web invisible, sa masse documentaire - pour le sujet qui nous concerne - reste faramineuse et problématique en ce qui concerne son extraction.

Pourquoi cette distinction entre Web visible et invisible ? La recherche d’information sur Internet en général - et sur le Web en particulier - nécessite toujours un intermédiaire entre la donnée numérique présente sur un serveur distant et l’usager formulant sa requête. Christophe Boudry [22] le synthétise de manière fort éclairante dans un article : « Typologie et mode de fonctionnement des outils de recherche d’information sur Internet en biologie / science » [23] Le moteur de recherche est constitué de trois parties : un robot (spider), sa base de données appelée index [24] et l’interface de recherche que seul l’usager voit. Le robot parcourt la Toile et tente d’aspirer le plus de pages possibles sur les serveurs. Lors d’une requête, le moteur délivre à l’usager des réponses provenant de son index en fonction d’un algorithme propriétaire souvent secret.

Or, nous l’avons vu précédemment, la masse documentaire la plus importante sur le Web demeure invisible aux usagers utilisant les moteurs de recherche. Seule une interrogation directe sur les sites appropriés peut apporter des réponses. Ce qui suppose une bonne maîtrise de la recherche documentaire et une connaissance (culture numérique) non négligeable du cyberespace.

La pertinence du classement des résultats propre à l’algorithme de recherche d’un moteur à des incidences directes sur le fonctionnement d’un CDI. Avec le support en ligne, nous évoluons dans une situation nouvelle où le Web influence les perceptions et les représentations socioculturelles des internautes. Les usagers du CDI le manifestent en changeant leurs comportements : « ce n’est plus le lieu qui est important, mais le choix de stratégie » (Fondin, 2003).

Notre enquête montre que 45% des pages d’accueil (homepage) des ordinateurs des CDI affichent Google (55% des pages d’accueil pointent sur un outil de recherche : moteur ou annuaire). 53 % des documentalistes se servent aussi de cet outil pour la recherche avec les élèves en répondant à la question : « Quels sont les sites Web que vous utilisez le plus souvent pour vos recherches avec les élèves ? ». Nous atteignons 62 % dans l’usage des moteurs (Altavista, Exalead, Google, Kartoo, Lycos, Voila) et annuaires (Yahoo, Wanadoo) pour la même question. Spinoo le moteur de recherche développé par le CNDP recueille un score quasi nul puisque seulement 4 documentalistes le citent (sur un total de 618) dont 3 le mettent au premier rang des outils systématiquement utilisés lors d’une recherche avec les élèves au CDI.

Sur trois années passées à l’IUFM de La Réunion, une observation rapide du comportement des candidats préparant l’épreuve orale de technique documentaire permet d’affirmer que ces derniers, dans leur très grande majorité, sont des « googlemaniaques » et ne contredisent en rien les statistiques récentes des internautes qui plébiscitent cet outil à plus de 73 % [25]

Le recours aux moteurs de recherche devient une pratique généralisée au CDI. Le fonds documentaire est parfois même exclu au profit d’une information online jugée plus récente et donc plus fiable... « Hors d’Internet point de salut, point de modernité. Hors d’Internet nous sommes condamnés à l’ignorance, aux archaïsmes » (Musso 2003b, 53).

Voici l’un des changements paradigmatiques de la documentation. Il n’en va pas sans que la notion même du document soulève interrogations et redéfinitions.

2. Documents numériques et ressources en ligne : pour une approche d’objets complexes

L’équipe « Sciences et technologies de l’information et de la communication » (STIC) du CNRS à travers les « Réseaux thématiques pluridisciplinaires » (RTP) essaie de travailler sur la notion de document et de son passage en document numérique. Le document traditionnel reposait sur un support, un texte et une légitimité (Pédauque, 2003). Avec l’apparition des technologies de l’information et de la communication la typologie des documents, leur création, leur diffusion et leur réception ont été modifiées. S’il est vain d’opposer document papier et document numérique, il n’en reste pas moins important « de mieux cerner la notion de document en général, dont le numérique est à la fois un révélateur et un facteur d’évolution » (id.).

Le document peut se « lire » et s’exploiter différemment selon si nous nous l’approprions comme une « forme » (aspects structurels du document), un « signe » (aspects sémantiques) ou un « médium » (aspects sociaux de sa légitimation). « La manifestation la plus évidente du changement est donc la perte de stabilité du document comme objet matériel et sa transformation en un processus construit à la demande, qui ébranle parfois la confiance que l’on mettait en lui » (id.).

La gestion documentaire - nous l’avons vu - consiste pour un documentaliste à « manager » en terme d’économie cognitive un fonds en perpétuelle évolution à la fois sur le plan quantitatif que qualitatif à l’aide d’outils et de langages appropriés. Traditionnellement, le documentaliste se trouve être l’élément central de ce vaste projet. C’est lui qui valide l’information et décide selon des normes et des procédures standardisées de signaler un document, de le classer et de le diffuser.

La grande difficulté des documentalistes actuellement - mais aussi des bibliothécaires chargés de la méthodologie du travail universitaire (MTU) en première année (DEUG), par exemple - est de transmettre une démarche méthodologique de recherche et de validation des documents numériques. L’objet numérique acculture les comportements (cf. « la société de l’information ») et modifie « par effet domino » les pratiques de recherche, la représentation du CDI et du documentaliste chez les élèves.

Si le support papier semble représenter un élément de distanciation et de pondération (parfois un « vieux » modèle pour les adolescents... ), le document numérique symbolise l’immédiateté et l’apparition d’élèves « info-zappeurs » [26] cherchant le plus souvent l’information « à la surface » (Tricot, 1998). Le temps était déjà un facteur discriminant dans la recherche traditionnelle de l’information, mais avec les technologies numériques, la notion de valeur de l’information est elle-même prise en otage par l’inconstance des usagers dans leur recherche : « la perception de la qualité des informations disponibles en ligne est partiellement dépendante de cette vitesse d’accès [...] plusieurs recherches montrent qu’un internaute qui cherche de l’information sur le Web se désintéresse d’un site si le téléchargement excède dix secondes » (Marquet, 2003, 109). Les représentations des documents numériques mériteraient davantage d’études. Nous pourrions aussi nous questionner sur ce que représente exactement une ressource éducative en ligne (Marquet 2003, 128 ; Bruillard & La Passardière, 2003).

3. La recherche documentaire informatisée : une pratique encore standardisée

Avec l’apparition puis la généralisation massive du Web au CDI, le documentaliste transpose des pratiques antérieures de régulation (indexation, catalogage, dossier documentaire, mise en signets) qui par expérience ont montré leur efficacité (le paradigme classique). Jacques Perriault parle ainsi d’ « effet diligence » : « quand une nouvelle technique se substitue à la précédente, l’histoire des techniques nous enseigne qu’on est tenté dans un premier temps de projeter et d’appliquer des protocoles anciens à la nouvelle venue. C’est ainsi que les premiers wagons de chemins de fer ont ressemblés à des diligences et les premières automobiles, à des voitures à cheval ». (In Guichard, 2001, 127).

Si le professeur-documentaliste pouvait encore maîtriser par ses pratiques la masse documentaire du CDI traditionnel, l’arrivée du numérique provoque une perturbation importante. Internet est non seulement un formidable outil de communication et de coopération mais aussi une volumineuse bibliothèque virtuelle (l’organisme chargé de statuer sur les normes du Web, le W3 consortium, se trouve à l’origine de la première bibliothèque virtuelle en ligne : The Virtual library) [27]. Les pratiques du documentaliste évoluent inévitablement avec un temps de latence (ce que les historiens appellent le « temps des mentalités ») et correspondent en partie à l’interprétation que ceux-ci se font du document numérique (« forme », « signe » ou « médium ». Cf. Pédauque, 2003).

Des tentatives de régulation existent depuis la naissance du HTML. Une page Web vue à l’écran n’est pas exactement la même vue par un robot de recherche. Dès la normalisation du langage HTML des balises spécifiques délivrent des renseignements descriptifs et des éléments sémantiques sur les données du document lui-même. Ces métadonnées permettaient dans les années 1994-1996 à un moteur puissant - AltaVista - de développer un algorithme de recherche prenant en compte les méta-balises inclues dans l’en-tête (head) des pages Web et de faciliter la catégorisation (clusterisation) dynamique des données (fonction Refine du moteur).

Depuis quelques années le plus important organisme de fédération de bibliothèques - l’OCLC : Online computer library center - travaille sur la mise en place de données sur les données de manière plus structurante (descriptivement et sémantiquement). Ce vaste chantier appelé Dublin Core Metadata Initiative (DCMI. Le siège de l’OCLC est à Dublin, Ohio) permet aux professionnels de l’information et de la documentation de cataloguer plus lisiblement les ressources en ligne et de rendre interopérables les autres métadonnées. Cette pratique n’est pas nouvelle puisque les bibliothécaires cataloguaient déjà en format MARC (MAchine Readable Cataloging) les documents (primaires) pour approvisionner leur catalogue. Ce qui est novateur, c’est que le Dublin Core (DC) se substitue au format MARC. Le document primaire possède ainsi une encapsulation dans son en-tête qui l’identifie et ces données (secondaires) sont fournies soit par un professionnel de la documentation (dans la logique de l’OCLC) soit par l’auteur de la page.

Le Dublin Core peut servir de solutions appropriées face à l’obésité documentaire donc à la régulation des centres de documentation et à la bonne gestion documentaire des ressources électroniques. L’OCLC possède un catalogue collectif mondial créé et maintenu collectivement par plus de 9000 établissements (WorldCat) et détient les parts de la société néerlandaise PICA qui gère le système universitaire de documentation français (SUDOC). Ceci induit peut-être une stratégie d’interopérabilité de cet organisme entre ressources sur support papier (niveau local) et ressources numériques (niveau global).

Des éléments Dublin Core pour l’éducation existent aussi : le LOM (Learning Object Metadata) en cours de développement par l’IEEE [28] et en France, un programme interdisciplinaire du CNRS travaille sur une autre application pour donner un sens aux données, les ontologies [29] : le projet OURAL (Ontologies pour l’utilisation de ressources de formation et d’annotations sémantiques en ligne).

Quel peut être l’avenir de la documentation numérique ? Il semble que le format de données XML, qui existe déjà, avec une implémentation successive de briques permettant une indexation sémantique (RDF : Resource Description Framework, OWL : Web Ontology Language ...), facilitera la naissance d’un Web sémantique (Semantic Web) : l’aboutissement d’un rêve selon Tim Berners-Lee...

« Et le ministère de l’Education nationale dans tout cela ? » [30] Le centre national de documentation pédagogique est actif dans ce domaine et participe par l’intermédiaire du CRDP de Montpellier à un « groupe de travail métadonnées éducation » (GTME). Le moteur du CNDP - Spinoo - sera à terme capable de proposer une interface de recherche où les métadonnées seront prises en compte.

Dans les écoles, l’Education nationale met en place un portail de ressources éducatives numériques libre de droit mis à la disposition des élèves et des enseignants : l’Espace numérique des savoirs (ENS) [31]. L’information y est validée et davantage « formatée » vers la construction de séquences pédagogiques. Il semble aussi que ceci soit une tentative plus fiable de contingenter la documentation numérique dans les CDI (en tant que ressource éducative justement). L’ENS ne connaît pourtant pas une réalisation aussi rapide et efficace qu’il était prévu. Il semble glisser - selon ce qui a été perçu au cours de la 7ème biennale de l’INRP (Lyon, 14-17 avril 2004) - vers un projet plus englobant : l’Espace numérique de Travail (ENT) [32]...

Malgré tout, une masse énorme de la documentation électronique reste invisible et peu disponible aux usagers. Les CDI connaîtront toujours un accès ouvert sur le réseau mondial et les bases de données des outils de recherche (index) ne pourront jamais recenser toutes les publications du Web. L’évolution du réseau est telle qu’il est impensable d’entreprendre systématiquement une recension des sites (objectifs documentaires du paradigme classique) ou un verrouillage d’URL (objectif régulatoire). Point tout aussi important : au regard de la masse d’information en ligne, qui cataloguera ces documents ? Peu d’établissements publics utilisent le Dublin Core ou autres éléments structurants produisant du sens. La mise en ligne des documents est souvent le fait d’un public (les informaticiens par exemple) peu réceptif aux logiques d’indexation et d’analyses documentaires ...

Pour passer du paradigme « classique » au paradigme « informationnel » le professeur-documentaliste doit - selon Hubert Fondin (2003) innover et inventer des stratégies complémentaires moins normatives, plus intuitives et plus originales aussi (Ertzscheid, 2003). Il serait nécessaire de développer aussi un autre mode de recherche moins solitaire (seul au CDI) mais davantage orienté vers une approche collaborative d’aide à la recherche d’information (en réseau). Enfin, pour s’adapter à un monde en perpétuel mouvement la documentation mériterait davantage de prendre conscience et de gérer deux notions encore peu présentes : l’incertitude et l’incomplétude de toute information (Eteve & Liquete, 2004, 143). [33]

- B. Les nouveaux territoires de la documentation : relier les connaissances et glocaliser les savoirs

La modification du CAPES externe de documentation en 2001 révèle les changements survenus au sein du métier. A la fois plus orienté « sciences de l’information et de la communication » dans les épreuves écrites, le CAPES se « technicise » en y joignant une épreuve orale de pratique consistant à rechercher et à traiter trois documents dans une perspective pédagogique (Pireyre, 2003, 26).

Les technologies de l’information et de la communication changent radicalement les territoires (Bertacchini, 2003) et leur structuration en les déplaçant vers la notion encore fluctuante de cyberespace. Un des nombreux paradoxes d’Internet se trouve dans la capacité d’abolir les distances séparant les utilisateurs tout en augmentant considérablement leur territoire potentiel. « Le véritable territoire n’apparaît donc plus comme un lieu mais comme un ensemble de possibles connexions établies entre usagers dans un espace immatériel qui cependant sera réel en terme d’efficacité productive et culturelle » (id., 6). Ce réseau virtuel loin d’être évanescent et éthéré intègre des facteurs locaux qui interagissent toujours avec l’aspect global en développant « de nouvelles formes d’organisations socio-spatiales [34] ». Cette « glocalisation » représentée par l’intégration du global et du local complexifie les environnements documentaires, les objets, les pratiques, les usages et le mode d’appropriation de l’information. Le « glocal » entre dans une stratégie refusant les arguments d’une uniformisation en intégrant culture locale et connaissance globale, homogénéisation et hétérogénéisation.

Que nous apprend ce changement dans les pratiques quotidiennes ? Le territoire du documentaliste, à l’origine physique et relativement homogène (l’établissement, les réseaux de la communauté éducative, des partenaires locaux : CRDP, bassins des documentalistes, librairies, etc.), devient aussi virtuel et hétérogène (organisation de l’espace en zones d’affinité) où se forme réticulation multidimensionnelle de l’information et échanges de pratiques à distance. « Les espaces virtuels et les savoirs déterritorialisés questionnent le rôle des espaces physiques et celui des lieux traditionnels de l’éducation, du travail et de la vie communautaire » (Harvey et Lemire, 2001, 4). Le documentaliste s’extériorise et la notion même de CDI au cœur de l’établissement doit se repenser : peut-on être « ici et maintenant » au cœur d’un réseau ? « L’instrumentation du Web et de ses ressources documentaires s’opère sans référence dominante à l’établissement scolaire » (Marquet, 2003, 116). Les fonctions anciennes du réseau traditionnel souvent basées sur la pédagogie documentaire, l’accompagnement, l’animation du CDI, la communication dans l’établissement, les partenariats... s’enchevêtrent alors avec et sur un maillage plus informel, plus entropique, plus dépersonnalisant aussi, représenté par Internet.

Si le CDI des années 1990 est un système stable où le circuit de l’information est régulé par des boucles de rétroaction (« feedback négatif [35] » : maintien général d’un système vers un objectif assigné tel un thermostat), le CDI du tout début du 21ème siècle est à la charnière de la médiation des savoirs (Peraya, 2003) et de pratiques innovantes produisant plutôt un « feedback positif », c’est-à-dire un changement profond de l’identité du système lui-même (au-delà de la personne du documentaliste et du lieu CDI).

Pour le (cyber)documentaliste, il est alors nécessaire de retrouver des repères (notion de territorialité) et des liens pour se projeter de nouveau entre une communauté locale (l’établissement) et une communauté « globale » (les CDI sur le Web, les réseaux de documentalistes, les sites coopératifs, etc.).

Quels sont les outils pouvant répondre à cette déterritorialisation / reterritorialisation ? Site de mutualisation (docpourdocs), plate-forme de travail collaboratif (wiki) (cheval.slaes), weblog (outils froids, biblioacid) liste de discussion (cdi-doc, e-doc, [36]), forum d’échange, catalogue collectif (sudoc, base des MémoFiches du CRDP de Poitiers), portail thématique (savoirscdi)... Tous ces outils recréent un territoire virtuel, un environnement émergent et font appel à une communauté de pratique. Les affinités numériques intimement liées aux usages recomposent les territoires et juxtaposent lieux physiques et « lieux » numériques ; tous les deux étant espaces de vie, d’échanges, de pratiques et de mutualisations. Le territoire du documentaliste se trouve alors aussi bien au CDI (le « territoire du quotidien ») que hors CDI (le « territoire virtuel du quotidien » ).

Inévitablement, ce territoire en mutation constante interagit avec les pratiques. Une communauté en réseau [37], des outils de recherche d’information innovants (outils sémantiques), de nouvelles fonctionnalités et usages (les applications multiples de la communication médiatisée par ordinateur - CMO - ou des pratiques collectives distribuées - PCD), un accès haut-débit sont des facteurs capables de faire modifier profondément les pratiques à la fois du professeur-documentaliste dans sa pédagogie et dans la construction et la gestion de son espace CDI.

- C. Praxéologie documentaire et technologie numérique

Le professeur-documentaliste dispose depuis de nombreuses années - nous l’avons vu - d’outils pour gérer en bonne intelligence son fonds. Si pour l’aspect gestion documentaire les pratiques semblent être plus simples (encore faut-il s’approprier - pour certains - les outils informatiques nécessaires à la gestion d’un centre : administration d’un serveur, connaissance d’une base SQL et des langages, maintenance système et réseau...), par contre pour l’acte didactique consistant à faire adopter une stratégie cognitive pour chaque élève et lui faire trouver un document pertinent sur Internet, l’acte en question semble plus compliqué. Plus complexe encore, le fait, pour le professeur-documentaliste, de développer une méthodologie globale pouvant répondre à chaque profil d’utilisateur du Web en fonction du niveau de sa classe, de sa filière et de son expérience personnelle d’Internet, sachant que cette méthode pourrait être à l’image de la perception que cet enseignant se fait du Web documentaire (cf. Marquet, 2003, 115). Il est alors nécessaire de réfléchir à une praxéologie et à une didactique de la discipline pour « bâtir une éducation documentaire et informationnelle » (Frisch, 2003).

Dans le système classique, les outils documentaires servent à indexer et à retrouver le document par l’intermédiaire de requêtes en adéquation avec le langage documentaire employé. Les classes de sixième sont formées justement à ces interrogations et à la relation entre document physique et notice catalographique. Un parcours du CDI leur montre l’agencement des ouvrages, la typologie du lieu, le rôle des classifications et les fonctionnalités du logiciel documentaire par exemple. Ces outils sont « bibliothéconomiquement » efficaces même si les versions des logiciels changent et acquièrent de nouvelles fonctionnalités. Ici, le système s’auto-administre et s’autorégule. Ainsi, à terme, un élève bien formé pose une bonne requête et trouve le document en rayon. Pour provoquer : un « bon élève » n’a plus besoin du documentaliste dans sa recherche au CDI ! (Caractère téléonomique du système). A contrario, la recherche en ligne au CDI est plus aléatoire. Nombres de documentalistes verrouillent les postes, mettent des filtres, surveillent les élèves ou tablent sur les MémoDocNet [38] pour aiguiller l’élève vers l’information censée être demandée. Les représentations et les perceptions d’Internet semblent être des facteurs décisifs dans ces pratiques.

Les méthodes de recherche d’information en ligne devraient être davantage utilisées. Au regard des réponses au questionnaire envoyé, les documentalistes sont souvent tributaires d’un seul outil (Google). Le rapport de jury pour le CAPES externe de 2003 notait que certains groupes de candidats avaient été troublés car le site de Google avait été inaccessible pendant une partie de l’épreuve : « une interruption d’une heure de l’ensemble des serveurs Google a montré combien les candidats étaient attachés à cet outil, mais aussi à quel point ils hésitaient à en choisir un autre. » [39] p.16 Faire des recherches uniquement à partir de moteurs (voire d’un seul outil) ne semble pas être la meilleure manière pour se représenter le Web documentaire. [40]

Depuis quelques années, certains sites de méthodologies à la recherche d’information servent - théoriquement - de références pour les acteurs de la documentation. Il est à noter que ces sites émanent souvent de bibliothèques universitaires et sont souvent le fait de conservateurs ou de bibliothécaires (ce qui remet en cause une fois de plus les frontières traditionnelles entre les deux professions : documentaliste et bibliothécaire). L’Unité régionale de formation à l’information scientifique et technique (URFIST) de Paris propose par exemple un guide méthodologique particulièrement pertinent : CERISE (conseils aux étudiants pour une recherche d’information spécialisée efficace). Idem pour l’ENSSIB (Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques) avec le site REPERE. L’Université du Québec à Montréal (Infosphère) et l’Université Laval (GIRI : Guide d’initiation à la recherche dans Internet) sont aussi des « sites ressources ».

Pourtant, ces sites - à la disposition de la profession - n’ont quasiment pas été mentionnés dans les résultats de notre enquête. A la question : « Consultez-vous des sites d’aide à la recherche ? (Exemple : Cerise, Repère, Infosphère, Captain-Doc, sites des Urfist) », 44 % de documentalistes répondent « jamais » et 38% « rarement ». Ce qui fait un total de 82 % n’exploitant pas ou très peu les sites de méthodologies.

Y aurait-il une forme de discordance entre une pratique standardisée (plus scolaire ?) concernant un fonds traditionnel et une pratique subissant l’acculturation du « grand public » à l’égard de la « vague Internet » (donc moins « formatée » ?) pour la recherche en ligne ? Perriault (2002, 65-68) cite des études montrant que les fonctions avancées des outils de recherche sont très souvent sous-utilisées. Les opérateurs booléens (et, ou, sauf) ne sont guère employés, le nombre de mots dans les requêtes sont faibles (inférieur à deux mots en moyenne) et la lecture en intégralité de la toute première page de résultats est rare. La majorité des internautes emploie souvent aussi le même outil et ce ne sont que les utilisateurs « experts » développant des compétences techniques réelles qui naviguent à la recherche de nouveaux sites intéressants.

Même s’il faut davantage de rigueurs dans les modes opératoires la recherche documentaire informatisée en ligne peut aussi ne pas être aussi formelle. Si les référentiels méthodologiques - comme ceux édités par le CRDP de Rouen [41] ou la Fédération des professeurs-documentalistes de l’Éducation nationale (FADBEN) - permettent de suivre un protocole d’interrogation, le professeur-documentaliste devra faire montre de « souplesse » méthodologique (Tricot) [42] et d’empathie (cf. pédagogie de la médiation). Une étude signale que « l’observation des conduites réelles des usagers [a montré que] le besoin en information ne reste pas constant au cours de l’interrogation » (citée par Ertzscheid, 2003).

Un aspect culturel - à souligner ici - a une incidence particulière sur la pratique documentaire de l’enseignant. Si l’initiation des élèves des collèges et lycées au CDI partait de pré-requis relativement sommaires (même si certains connaissent les BCD), ce n’est pas le cas pour le Web. Comme le souligne Pascal Marquet (2003, 108 et s.), les adolescents - dans leur « perception de l’utilité documentaire du Web » - développent une stratégie préexistante à l’institution scolaire. Contrairement aux bibliothèques, qui si elles ne sont pas fréquentées ne peuvent pas être « décodées », l’usage privé [43] - souvent ludique (jeux en ligne, forums, échanges peer to peer, chat, etc.) - du Web engendre chez les jeunes des comportements plus innovants produisant compétences techniques et capacités cognitives davantage susceptibles de faire partie des pré-requis informels pour une bonne maîtrise de la recherche documentaire (Perriault, 2002).

S’il faut « rectifier le tir » méthodologiquement, il n’est pas utile nécessairement de le faire avec l’aide d’artefacts ou de schémas de pensée hérités du paradigme classique. D’autres approches plus innovantes (l’inférence abductive) ou parfois originales comme l’exercice de trouver l’information par un « heureux hasard » (la sérendipité) sont peut-être à prendre en compte. « Il nous paraît erroné d’envisager les stratégies de recherche d’information dans un environnement hypertextuel (et partant celles de navigation), uniquement en fonction d’un objectif initial supposé constant tout au long du processus de recherche » (Ertzscheid, 2003).

- D. La recherche d’information sur Internet : entre sagacité, empirisme et « bricolage »

Edité à Venise en 1557 par Michele Tramezzino et traduit par Cristoforo Armeno (d’un conte persan du 10ème siècle), Le voyage et les aventures des trois princes de Serendip inspira deux siècles plus tard Horace Walpole (1754) pour forger le néologisme de serendipity qui consiste à trouver par accident (fortuitement) et par sagacité des choses que nous ne cherchons pas et de les utiliser avec talent. Ce que font les trois princes du conte persan.

La sérendipité (l’intuition de l’instant en reprenant le mot de Bachelard) est un axe de recherche récent dans les pratiques en sciences de l’information et de la communication (Perriault, 2000 ; Catellin 2001, Ertzscheid & Gallezot, 2003). Comme pour l’usager le long des rayonnages, nous pouvons comparer la recherche d’information sur Internet comme une entreprise aléatoire qui avec l’aide d’une certaine culture générale permet à l’internaute de trouver et d’exploiter des ressources qui ne correspondent pas originellement à sa demande. « On est alors conduit à pratiquer l’inférence abductive, à construire un cadre théorique qui englobe grâce à un "bricolage" approprié des informations jusqu’alors disparates » (Perriault, 2000).

Les pratiques de recherches documentaires informatisées en ligne peuvent justement être confrontées entre pratiques normatives et pratiques stochastiques. Michel de Certeau (1990) dans L’invention du quotidien emprunte à Lévi-Strauss (1962) la notion de « bricolage » comme « un art de faire » pouvant caractériser l’activité de la lecture. Terme non péjoratif que les orientaux emploient sous le concept de « science de l’expérience ». Certeau montre que la lecture induit souvent chez le lecteur un comportement « de jeux et de ruses » lui permettant de jouer avec le texte, de le construire et de le reconstruire au détriment de la volonté originelle de l’auteur.

A l’instar de cette activité, la recherche d’information - comme appropriation d’un savoir en devenir - n’est plus pré-construite et analytique (au sens cartésien du Discours de la méthode) ; ou en tout cas, face à cette inflation documentaire, ne peut plus l’être. Le professeur-documentaliste doit à la fois développer des stratégies non-linéaires de recherches efficaces (la « chasse » [44] à l’information, la ruse [45] pour la trouver...) et être « passeur » de sa science par l’intermédiaire d’une pédagogie documentaire. Ce « bricolage / braconnage cognitif » (Alava, 1995) n’est en rien une pratique floue (i.e. fumeuse) de la discipline mais résulte d’un constat d’acceptation d’un monde informationnel en mouvement irréductible à un idéal de maîtrise. Ce « bricolage méthodique » (Audran, 1997) s’appuie toujours sur un ensemble de repères, de cadres ou de « dispositifs indiciaires » sécurisants (Catellin, 2001) plus ou moins « transitionnels » (Paquelin, 2000, 49 et s. au sujet de « l’objet transitionnel » de Winnicott) permettant à la fois au documentaliste de construire et de projeter. Si la chaîne documentaire est analytique et part d’un point initial (l’estimation des besoins) pour tendre vers un point final (la mise à disposition du document au public et son contrôle par rétroaction (feedback) pour évaluer la qualité de l’offre par rapport à celle de la demande), l’obtention du document numérique doit se saisir par une approche complexe et une modélisation des réseaux. . « Il [est] en effet opportun, par transposition, de passer [...] de l’organisation de l’espace physique réel, à l’organisation d’un espace virtuel du savoir. [46] »

Pour penser l’usage des TICE et de la documentation il est nécessaire de développer un mode de pensée systémique, constructiviste en intégrant la notion de complexité (cf. l’œuvre d’Edgar Morin)


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[1] http://www.fing.org/index.php ?num=449,2
cité par Jean-Louis Durpaire in Les politiques documentaires des établissements scolaires. Rapport de l’IGEN mai 2004, p. 9.
ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edu....

[2] Thésaurus européen de l’éducation :
http://www.eurydice.org/TeeForm/Fra...
Consultable aussi sur le site de l’INRP :
http://bdd.inrp.fr:8080/Tee/TeeWelc... .

[3] En ce qui concerne l’historique de la documentation scolaire, se reporter à Françoise Chapron (2001) et voir les Textes officiels et textes de réflexion concernant les documentalistes et les CDI sur le site d’Educnet :
http://www.educnet.education.fr/cdi....

[4] La loi d’orientation sur l’éducation de 1989 rendit obligatoires les CDI dans tous les établissements.

[5] FAYET-SCRIBE Sylvie (2000), Histoire de la documentation en France : culture, science et technologie de l’information, 1895-1937. Paris, CNRS. Cité par Stéphanie Espaignet :
http://www.enssib.fr/bibliotheque/d... p.11.
Paul Otlet est le co-auteur - avec Henri La Fontaine - de la classification décimale universelle (CDI. Première édition en 1905).

[6] Les aspects plus institutionnels ne seront pas abordés ; sachant que ces points sont aussi sources de recherche (Le Gouellec Decrop 1997, Braun 2000, Duarte-Cholat 2000, Frisch 2003, Pireyre 2003) et de réflexions actuelles puisque le dernier rapport de l’Inspection générale de l’Education nationale date de 2004.

[7] Concept forgé par le sociologue canadien Marshall McLuhan en 1962. Notre article tente une analyse des pratiques du documentaliste et du fonctionnement du CDI de la galaxie Gutenberg à la galaxie internet.

[8] BAYARD-PIERLOT Jacqueline et BIRGLIN Marie-Josée (1991), Le CDI au cœur du projet pédagogique, Paire, Hachette, (Pédagogies pour demain. Centres de ressources.

[9] Online Public Access Catalog (catalog informatique en ligne), terme couramment usité en bibliothèques.

[10] http://savoirscdi.cndp.fr/espacecdi....

[11] - http://www.educnet.education.fr/cdi...
- http://www.ebsi.umontreal.ca/jetrou...
- http://www.ac-creteil.fr/pointdoc/p....

[12] Les bibliothèques françaises se servent de listes d’autorité connues sous le nom de RAMEAU (Répertoire d’autorités-matières encyclopédique et alhabétique unifié). Par contre la documentation biomédicale est indexée avec le thésaurus MESH (Medical Subject Heading) de la National library of medicine (NLM) ; indexation Mesh reprise dans le Sudoc

[13] « Un thésaurus encyclopédique de 12534 termes dont 7600 descripteurs, répartis en 80 domaines de connaissance (ou champs sémantiques) » :
http://www.cndp.fr/motbis.

[14] « Subdivision d’un thésaurus correspondant à un regroupement de termes autour d’un thème ou d’un champ sémantique » :
http://www.ebsi.umontreal.ca/termin....

[15] http://www.oclc.org/dewey/.

[16] CASTELLS Manuel (2001), La Galaxie internet, Paris, Fayard.

[17] Cette appropriation de la culture numérique et du réseau résulte probablement des affinités de cette profession à une « pensée-réseau » au-delà du phénomène multimédia. (Serge Proulx, in Guichard, 2001, 140) ;

[18] Notre propos se limitant à la typologie d’Internet comme outil de communication et plus spécifiquement aux moyens mis en œuvre pour accéder à l’information en ligne. Nulle vision « rétiologique » (Musso, 2003a, 326-358) et idéologique n’est mise en œuvre consistant à annoncer une société future nécessairement meilleure... grâce aux technologies de la communication.

[19] http://www.w3.org/MarkUp.

[20] http://www.fing.org/index.php?num=3254,2.

[21] http://c.asselin.free.fr/french/inv....

[22] http://Web.ccr.jussieu.fr/urfist/moteur/.

[23] http://disc.vjf.inserm.fr:2010/basi....

[24] Ne pas confondre l’indexation « full text » des moteurs et l’indexation du documentaliste. Cf. Moteur vs annuaire.

[25] En juillet 2004, sur un panel professionnel, 71,3 % des sondés utilisent Google et respectivement 8 %, 6,9 % et 5,4 % font usages de Yahoo, MSN et Wanadoo
. In. http://www.barometrereferencement.com/.

[26] Cf. Les actes du congrès de la FADBEN : Pour un élève info-zappeur ou info-lettré ? (1999).

[27] http://vlib.org/. Comme pour la notion du document numérique, les « bibliothèques virtuelles » donnent naissance à de multiples tentatives de définitions. Cf. LAHARY Dominique, « Des bibliothèques traditionnelles aux “bibliothèques virtuelles” », in INSTITUT NATIONAL DE RECHERCHE EN INFORMATIQUE ET EN AUTOMATISME (2002), La recherche d’information sur les réseaux, cours INRIA, 30 septembre - 4 octobre 2002, Le Bono (Morbihan), Paris, ADBS, p.169-201.

[28] http://ltsc.ieee.org/.

[29] « Une ontologie définit les termes utilisés pour décrire et représenter un champ d’expertise. Les ontologies sont utilisées par les personnes, les bases de données, et les applications qui ont besoin de partager des informations relatives à un domaine bien spécifique, comme la médecine. [...] Les ontologies associent les concepts de base d’un domaine précis et les relations entre ces concepts, tout cela d’une manière compréhensible par les machines. Elles encodent la connaissance d’un domaine particulier ainsi que les connaissances qui recouvrent d’autres domaines, ce qui permet de rendre les connaissances réutilisables ».
In http://www.w3.org/2003/08/owlfaq.html.fr.

[30] Cf. http://www.educnet.education.fr/tec....

[31] Cf. le numéro des Dossiers de l’ingénierie éducative consacré aux « Nouveaux espaces numériques d’éducation ». N°46, mars 2004.

[32] Pour plus d’informations, voir l’ouvrage récemment publié : Caisse des dépôts et consignations, France (2004), Du cartable électronique aux espaces numériques de travail une réflexion conduite par la Caisse des Dépôts et la FING, Paris, La documentation française, 193 p., (Les cahiers pratiques du développement numérique des territoires ; 5)

[33] « A travers les thèmes [des TPE] choisis par les élèves de nouveaux contenus entrent dans les classes et les CDI [...]. Moins stabilisés que les thèmes du programme, ils obligent enseignants et Pr-docs à mettre en commun les ressources documentaires adaptées aux élèves et à partager avec les élèves les incertitudes de la pensée complexe ».

[34] http://www.terminal.sgdg.org/no_spe....

[35] Cf. Rosnay (1977) pour les aspects généraux de la systémique.

[36] biblio-frhttp://www.francopholistes....

[37] Des recherches seraient à mener sur la notion de e-communauté chez les documentalistes. Isolés dans leur établissement, certains voient dans l’outil numérique un moyen de rompre la solitude et de se sentir moins exclus.

[38] « MémoDocNet est une sélection de ressources Internet réalisée sur le modèle des MéMoFiches. Ces ressources sont choisies, validées et décrites par une équipe de documentalistes de l’Académie de Poitiers » :
http://www.crdp-poitiers.cndp.fr/ig....

[39] ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edu...,

[40] L’internaute est toujours (à son insu) tributaire technologiquement de l’outil qu’il choisit. Si cet outil est privilégié, sa dépendance « culturelle » en est encore plus accrue. (Cf. Les enjeux culturels des moteurs de recherches, débat virtuel de la BPI :
http://debatvirtuel.bpi.fr/moteurs.

[41] Cf. http://savoirscdi.cndp.fr/pedago/Re....

[42] Je zappe, j’apprends ? Interview d’André Tricot, disponible sur :
http://savoirscdi.cndp.fr/Archives/....

[43] Dans une enquête de juin 2003, 69 % des 12-17 ans disposent d’un ordinateur à la maison et 40% des 12-17 ans peuvent surfer sur la toile depuis chez eux.
Cf. http://www.arttelecom.fr/communique... .

[44] Il est intéressant de noter que « Dans son sens ancien le verbe bricoler s’applique [...] à la chasse » LEVI-STRAUSS Claude, (1962), La pensée sauvage, Paris, Plon, (Agora), p.30 et s.

[45] La metis grecque.

[46] Cf. http://www.cecri.ca/jeu1/Certeau/MD....

Quels systèmes d'information pour quel(s) besoins des établissements ?

Marie-France Blanquet
Université de Bordeaux

INTRODUCTION

Le concept de système d'information est un concept riche et donc profondément ambigu. Il est d'ailleurs composé de deux concepts eux-mêmes riches et polysémiques que nous examinons tour a tour brièvement.

Le système : hétérogénéité des usages

Un rapide tour dans des outils linguistiques tels que le Robert ou le Trésor de la langue française montre que ce terme est utilisé dans de très nombreuses situations hétérogènes et par des spécialistes venus de tout horizon. Le terme, en effet, appartient autant au mathématicien qui crée des systèmes d'équation qu'au philosophe qui crée un système philosophique, à l'historien des sciences naturelles qui établit des taxinomies, système de classification des plantes.

Définitions : de la théorie à la pratique

Historiquement, ce terme fait d'abord référence à des constructions intellectuelles et théoriques. Au XVIIe siècle, il prend une signification plus pratique et plus proche de celle qui nous préoccupe ici. Le système devient un ensemble coordonné de pratiques tendant à obtenir un résultat. Plus tard, au XVIIIe, le système renvoie à un ensemble de pratiques, de méthodes et d'institutions formant à la fois une construction théorique et une méthode pratique.

Nous retenons des acceptions différentes que le temps a données au terme de système deux points fondamentaux :

Quand nous nous interrogeons sur le système d'information dans l'école, nous gardons l'idée que celui-ci doit répondre d'abord et avant tout à des questionnements d'ordre théorique et idéologique. Tout système repose sur un projet et nécessite un plan de construction. Quel objectif poursuit-on dans la construction ou la maintenance d'un système d'information ? Quel est le but du système à construire ? Quels sont les résultats escomptés de son fonctionnement ? Son organisation et sa cohérence dépendront de cette première inquiétude. Tout système d'information passe donc par une première phase relevant de la connaissance. Mais tout système passe également par la phase de l'action. Ainsi le deuxième sens nous entraîne sur la voie de la pratique. Il ne suffit pas de projeter un système, il faut aussi passer à l'action pour le réaliser. Cette phase entraîne sur les questionnements relevant de la méthode ou des moyens, nécessitant des réajustements constants car un système est une construction vivante, en interrelation avec son environnement. Il n'existe pas de système clos.

Le système d'information relève donc de la réflexion théorique et de l'action. C'est pourquoi la troisième définition réalisant la synthèse de ces deux facettes nous semble être complète. C'est celle que nous gardons pour la suite de notre réflexion. Les idées clés du système étant : ensemble structuré et dynamique de parties intégrées en un tout.

L'information : problématique d'un malentendu

Toute réflexion sur l'information exige que le sens de ce terme soit très soigneusement défini. Nous reviendrons sur ce point ultérieurement, mais d'ores et déjà nous pouvons nous demander si l'expression de système d'information n'aggrave pas le malentendu né des travaux de Claude Shannon créant sa célèbre théorie de l'information en donnant à cette dernière le sens unique de «donnée». Résumons rapidement ce malentendu.
A la fin des années quarante, Norbert Wiener émet un projet social issu de la théorie cybernétique (La racine grecque cyber signifie gouverner). Mettre en place une machine à gouverner rationnelle va conduire le monde vers un gouvernement unique et meilleur. Il instaure ainsi la technocratie, base pour diriger les hommes qui ne savent pas le faire et où l'information qui permet de les gérer dépend de calculs effectués par l'ordinateur d'une ampleur qui les dépasse. Un de ses disciples, Shannon, donne à l'information une définition physique. Son but est de déterminer les conditions optimales de la transmission des messages. L'information y est mesurée à partir d'unités appelées Binarv digits. L'heure du numérique a sonné. Mais cette définition est celle des informaticiens : donnée binaire qui transite dans les circuits d'ordinateur. Elle n'a rien à voir avec le processus humain qui s'incarne dans ces deux actions complémentaires : informer et s'informer.

C'est pourquoi le terme de système d'information ne renvoie très souvent qu'à cette seule facette limitant sa complexité à l'unique préoccupation de l'équipement informatique et de son fonctionnement. C'est la raison pour laquelle dans l'entreprise, le système d'information est le fait des informaticiens. C'est ce que confirme l'édition plaçant sous cette catégorie, des études très savantes mais ne relevant que de cette discipline. (ex : Hermès, Eyrolles...). Un tour rapide sur Google donne des résultats similaires. Le sens le plus présent dans les premiers résultats est celui de système informatique et les producteurs de ces sites sont souvent des sociétés de service. L'interrogation de la banque de données scientifiques, Pascal de l'Institut national français de l'information scientifique et technique montre l'importance de l'informatique dans l'acception du concept de système d'information. D'ailleurs, un ingénieur-système n'est-il pas en informatique l'ingénieur capable de comprendre et de fabriquer, de modifier, d'améliorer ou de surveiller le système d'exploitation de l'ordinateur ?

Le système d'information : information-donnée ou information documentée ?

L'enseignant documentaliste ne peut accepter que le système d'information dans un établissement scolaire n'émerge ou ne soit le fait que de la seule informatique et technologie de l'information. Il lui accorde un sens plus large dans lequel interviennent d'autre acteurs que l'informaticien mais aussi d'autre facettes que l'outil, permettant de lui donner tout son sens.

Historiquement, d'ailleurs, les professions de l'information doivent à un spécialiste de la classification, Ranganathan, non seulement la création du concept dans son acception en science de l'information, mais également sa définition ou délimitation. Ranganathan décrit le modèle du système d'information dans l'environnement de la science de l'information comme le cadre dans lequel sont placés de façon indissociable le livre, son utilisation, le lecteur, le ou les bibliothécaires et la bibliothèque. Plus tard, B. Vickery reprend les travaux de Ranganathan et montre que les systèmes d'information se caractérisent par la prise en considération simultanée de très nombreux paramètres et que la typologie des systèmes existants dépend non seulement de la nature de ces paramètres mais encore de leurs interrelations. Ainsi, B. Vickery introduit le critère de distribution des ressources : réunies dans un même lieu ou séparées par la distance. Un système d'information sera effectivement différent si les ressources sont centralisées en un seul point physique (par exemple, le CDI) ou délocalisées grâce à la possibilité du prêt, par exemple (notion de prêt et de hors prêt), ou délocalisées mais centralisées en un point virtuel, grâce à l'équipement informatique. A propos des utilisateurs, Vickery insiste sur la nécessité d'en connaître les besoins. Un système d'information ne sera pas construit de la même façon s'il s'adresse à des chercheurs ou à des élèves ou encore à un public très hétérogène. (Information systems, in Information Science in Theory and Practice, 3e édition. Munchen : K.G.Saur, 2004. Chapitre 8, p. 210-260)

La création d'un système d'information implique donc la prise en considération de tout un ensemble de facettes qui montrent que ce concept est complexe et que le réduire à la notion d'informatique est trop limité. Dans le document préparatoire de ces journées professionnelles, il est indiqué que : «l'intégration de ressources documentaires et de services dans un environnement informatique unifié définit le système d'information». L'interrogation essentielle et la curiosité première portent d'abord sur les ressources documentaires et les services. De quelles ressources, de quels services parle-t-on ? Trop souvent encore, il semble que l'on inverse les démarches en se préoccupant d'abord de l'équipement et pas assez des contenus. Retenons toutefois que l'information telle qu'elle est définie par l'informaticien, permet de dénoncer une confusion fréquente d'un certain nombre d'auteurs qui parle d'information immatérialisée ou de dématérialisation de l'information. Cette expression n'est pas correcte. Elle repose sur la confusion avec le non perceptible, mais surtout elle risque d'entretenir l'idée que, privée de l'obstacle né de la matière, l’accès à l'information devient facile et universel. Il n'y a rien de plus faux puisque cette information «immatérialisée» nécessite un équipement bien matériel et réel, nouveau support de l'information numérique et sans lequel, au même titre que le document imprimé, il n'y a pas d'accès possible au contenu informationnel.

Notre problématique est donc la suivante : le système d'information à construire dans l'établissement scolaire répond-t-il à la définition du système d'information-données ? Dans ce cas, il appartient à l'informaticien de s'activer. Répond-il, au contraire, à la définition du système d'information documentaire ? Dans ce cas, l'enseignant documentaliste doit se sentir complètement concerné et agir.

Les 7 M

Pour essayer d'y voir plus clair, il est bon de réfléchir à tout cela en examinant tour à tour les 7 facettes à prendre en compte dans la création de tout système d'information, théorie popularisée sous le terme des 7 M (chaque facette étant introduite par un mot anglais en M). Ceci conduit à poser d'abord la question du «Message», c'est-à-dire l'objectif du système d'information. Un système : pourquoi ? Il importe ensuite de considérer le «Matérial» (ici l'information) qui en constitue la base. Un système d'information : avec quelle information ? Les «Machines» ou équipements sont la troisième facette de ce schéma. Un système d'information, avec quel(s) outil(s) ? Quelles «Methods» adopter pour finaliser l'objectif poursuivi ? Un système d'information : comment ? Avec quel «Money» ou moyen ? Quel «Measurement» ou évaluation faire du système ainsi construit ? Ces 6 mots clés en M étant bien sûr posés sur l'interrogation fondamentale, inscrite en filigrane sur chacun d'entre eux : «Men» ou les hommes qui construisent un système d'information et ceux pour lesquels ils le construisent. Ce sont eux qui alimentent notre première préoccupation.

Men. Par qui et pour qui un système d'information ?

Nous pouvons discerner deux grands groupes concernés par la création d'un système d'information dans l’établissement scolaire : les adultes, acteurs dans l'acte éducatif, d'une part et les élèves, futurs adultes, d'autre part, objectif principal de l'acte éducatif. Ainsi décrits, ces groupes symbolisent les deux rôles et statuts qui les caractérisent traditionnellement. L'adulte est là pour informer ; l’élève là pour s'informer.

Ces deux groupes répondent aux deux préoccupations exprimées dans la question posée ci-dessus : pour qui ? répond à une interrogation où tous les acteurs de l'établissement scolaire sont ou devraient être appelés à devenir des utilisateurs de ce système ; par qui ? où tous les acteurs, quel que soit leur statut et leur rang, peuvent ou devraient pouvoir intervenir dans la création d'un système d'information.

S'informer : l'utilisateur du système. Élément fondamental de tous les systèmes d'information, l'utilisateur constitue la justification de la profession de documentaliste. Mais dans l'établissement scolaire, quel est-il ou devrait-il être ?

L'ELEVE. Il est évident que l'élève est au coeur des préoccupations des enseignants documentalistes. Le CDI existe en priorité pour lui. Toutes les déclarations de documentalistes d'établissement scolaire montrent que l’élève est primordial dans l'exercice de leur profession. Or, s'informer, pour ce type d'utilisateur, signifie s'approprier l'information. Mais cette appropriation est le souhait ou le résultat d'un besoin exprimé par un autre que lui : l'adulte. Ce que traduit, très clairement, la notion de devoir. Un des objectifs du système d'information va donc être de transformer cette contrainte en liberté, par l'éveil du besoin de savoir, la curiosité de connaître, cette passion, cette pulsion du connaître dont parle Freud.

L'ADULTE. Il est moins évident actuellement que le chef d'établissement, l'enseignant de discipline ou le personnel administratif... soient considérés par le documentaliste comme un utilisateur du CDI. Eux-mêmes, du reste, le considèrent rarement comme un outil mis à leur disposition. Il n'existe souvent, dans leur esprit, que pour les élèves. Un des objectifs du système d'information doit être d'entraîner les communautés adultes à considérer ce dernier comme un outil et service mis à leur disposition.

Cela concerne d'abord les enseignants de discipline, acteurs les plus proches de l'enseignant documentaliste et avec qui le dialogue, s'il doit impérativement exister, n'est pas toujours facile. Ces enseignants transfèrent leur savoir par l'intermédiaire de la parole et considèrent souvent le document comme un complément, une illustration à leur enseignement. Le document est second par rapport à leur cours et donc non indispensable dans le déroulement de la scolarité de l’élève. Ceci se traduisant par la liberté de fréquenter ou pas le CDI. Le rôle du système d'information est de changer cette perspective. Il importe, en effet, de modifier cette approche documentaire en imposant les buts de la documentation tels qu'ils se traduisent dans l'étymologie du terme de document : docere. Ceci conditionne un autre changement essentiel : s'informer pour informer se traduit dans le cours pour l'enseignant. Mais l’élève ne perçoit que le résultat d'une action alors que l'objectif de la documentation est de lui apprendre à la fois l'action de s'informer et celle d'informer. Tous les jeunes enseignants qui préparent leurs premiers cours découvrent souvent à quel point cette action de collecte, de tri, d'analyse et de synthèse en vue de sa diffusion adaptée à un groupe d'élèves est formatrice. Des lors pourquoi ne pas transférer cet apprentissage méthodologique à l’élève ? C'est l'objectif d'un certain nombre de dispositifs progressivement mis en place, tels que les TPE, par exemple. C'est celui de la documentation.

Les autres personnels : infirmier, conseiller d'orientation, personnel administratif doivent également être intégrés dans le système d'information comme utilisateurs de cet outil transversal. Ces personnels traduisent par leurs présences des préoccupations informationnelles autres que celles des disciplines scolaires traditionnelles. La vie quotidienne, l'information sur les métiers, la santé... ces préoccupations indiquent qu'ils doivent à la fois devenir des usagers de l'outil système d'information mais comme nous le verrons ultérieurement, ils doivent aussi en devenir des acteurs en participant à sa création.

L'enseignant documentaliste. Acteur essentiel dans la réalisation d'un système d'information, l'enseignant documentaliste ne doit pas s'oublier comme utilisateur d'un système d'information. Nous pensons, par exemple, à la formation continue qu'il se doit d'avoir, aux échanges avec ses pairs, à la constitution de réseaux d'échanges....

Informer : le créateur du système. Le système d'information concerne tous les utilisateurs ci-dessus nommés et pas seulement l'informaticien, pour les données ou le documentaliste, pour l'information. Un système doit être créé par une équipe comme nous le verrons en parlant des méthodes. Cependant dans cette équipe, il faut désigner des personnes clés. Ce sont tout d'abord et en amont les décideurs. Nous analyserons ultérieurement quelques actions européennes ou mondiales (Sommet mondial de l'information ou eEurope) où les décideurs semblent donner au système d'information le sens information-donnée.

Tout système d'information implique la présence d'un maître d'oeuvre ou coordonnateur. Ce peut-être le documentaliste appelé ainsi à s'impliquer très activement dans la réalisation du système d'information.

Ce sont enfin, comme nous l'avons déjà dit, tous les utilisateurs ci-dessus désignés. Leur volonté de travailler ensemble à la constitution, à l'évaluation d'un fonds documentaire dépend d'abord d'eux et ensuite seulement de l'outil. Il est à noter, par exemple, que les Anglo-Saxons ont depuis longtemps intériorisé l'idée d'être à la fois utilisateur et acteur dans la construction et la maintenance d'un système d'information, en participant activement à la politique d'acquisition. «Les utilisateurs contribuent, nous dit M. Wolff-Terroine, à la sélection de sites intéressant leur entreprise ou organisme et vont même jusqu’à en écrire la description que le documentaliste intégrera au système d'information et fera partager. C'est une synergie entre les connaissances de l'utilisateur et la technique du documentaliste. Mais les Britanniques ont une culture de l'information bien plus forte que la nôtre», reconnaît cet auteur (Avec Internet, un certain nombre de professionnels sont dans l'incertitude. Archimag, juillet/août 2003, n° 166, p.1415).
Les utilisateurs peuvent également participer à l'évaluation du fonds documentaire en donnant leurs avis sur les documents utilisés. Ce filtrage collaboratif permet aux usagers de bénéficier des opinions de leurs pairs et fait vivre le document. Ce dernier n'est plus une sorte de «corps mort». Il appartient à la communauté des usagers qui le font vivre en l'évaluant. C'est ce que font, par exemple, S. Tremblay et Y. Marcoux en utilisant «Le catalogue de bibliothèque comme outil de filtrage collaboratif». (École de bibliothéconomie et des sciences de l'information. Université de Montréal).
Enfin, les utilisateurs peuvent également devenir auteurs des informations accessibles par le système. Dans l'encyclopédie Wikipédia interviennent des personnes de tout âge, désireuses de partager un savoir. Ce sont des étudiants, des élèves, des enseignants, des jeunes, des moins jeunes...

Premier bilan.

Nous retenons de ce qui précède que la création d'un système d'information implique un changement de mentalités puisque le statut et le rôle d'enseignant ou d'enseigné ne sont plus le seul fait du maître, d'une part et de l’élève, d'autre part. Chacun, tour à tour, apprend et «s'apprend». A ce sujet, les technologies de l'information, comme tout outil, peuvent jouer un rôle facilitateur ou incitateur. Mais il ne faut pas attendre de l'outil la transformation des mentalités. Celle-ci est le fait des hommes et seulement d'eux.

L'homme reste une préoccupation constante dans toutes les questions que nous posons par la suite.

Message. Un système d'information, pourquoi ?

A cette interrogation nous répondrons à partir de trois points :

Objectifs généraux de l'institution scolaire : égalité et responsabilisation.

Un système d'information dans un établissement scolaire doit poursuivre les objectifs généraux de l'école et de l'éducation tels qu'ils ont été décrits par de nombreux auteurs tels que, par exemple, Condorcet. L'école est un moyen de lutte à la fois contre l'ésotérisme et l'obscurantisme. On trouve, par exemple sous la plume de Condorcet cette profession de foi qu'aucun humaniste ne peut renier : «Nous ferons voir que par un choix heureux et des connaissances elles-mêmes et des méthodes de les enseigner, on peut instruire la masse entière d'un peuple de tout ce que chaque homme a besoin de savoir pour l'économie domestique, pour l'administration de ses affaires, pour le libre développement de son industrie et de ses facultés ; pour connaître ses droits, les défendre et les exercer ; pour être instruit de ses devoirs, pour pouvoir bien les remplir ; pour juger ses propres actions et celles des autres, d'après ses propres lumières et n'être étranger à aucun des sentiments élevés ou délicats qui honorent la nature humaine... pour se défendre contre les préjugés avec les seules forces de la raison ; pour échapper aux prestiges du charlatanisme qui tendrait des pièges à la liberté de ses opinions et de sa conscience sous prétexte de l'enrichir, de le guérir et de le sauver». (Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain. Paris Boivin, 1795).
Cette idéologie, les professionnels de la documentation la reprennent entièrement à leur compte. Ils sont les héritiers d'un mondialiste convaincu : Paul Otlet qui veut construire autour du document et de son libre accès, la cité mondiale. Mais, «pour rendre accessible la quantité d'informations et d'articles donnés chaque jour dans la presse quotidienne, dans les revues, pour conserver les brochures, comptes rendus, prospectus, les documents officiels, pour retrouver les matières éparses dans les livres, pour faire un tout homogène de ces masses incohérentes, il faut des procédés nouveaux, très distincts de ceux de l'ancienne bibliothéconomie, tels qu'ils sont appliqués». (Traité de documentation : le livre sur le livre. Bruxelles : Éditions Mundanéum, 1934). Ainsi le documentaliste voit son rôle de médiateur entre la masse documentaire et l'utilisateur final ennobli par l'objectif humaniste du partage des savoirs, la mise à disposition de tous, grâce à son travail, du patrimoine informationnel mondial. Le documentaliste est animé par la lutte pour l'égalité, contre l'exclusion. Aujourd'hui le réseau Internet entraîne un certain nombre de penseurs vers des idées semblables de partage sans frontières. Celles-ci trouvent d'ailleurs leur concrétisation dans des programmes d'action tel le Programme général d'information Unisist, réseau mondial d'information qui connaît aujourd'hui une sorte de renouveau avec le Sommet mondial de la société de l'information, ouvert à Genève en 2003.

L'institution scolaire doit rester une institution repérable dans nos environnements comme un lieu où l'on apprend des savoirs. Elle doit le rester aussi comme un lieu où l'on apprend à savoir être et surtout à savoir devenir un citoyen responsable dans une société de plus en plus qualifiée de société de l'information.

La société de l'information. Définition et importance

Dans cette société de l'information réside notre deuxième argumentation pour la création d'un système d'information dans l'institution scolaire. L'expression de société de l'information est devenue courante et un peu passe-partout. Construit sur le modèle de société agricole ou de société industrielle, ce concept tend communément à désigner une nouvelle ère qui transformerait les relations sociales du fait de la diffusion généralisée des technologies de l'information et de la communication. L'Unesco, dans son Rapport mondial sur l'information. Paris : Unesco, 1998) propose cette définition, reprise à l'occasion du premier Sommet mondial de l'information : «Société dans laquelle l'information est utilisée intensivement en tant qu'aspect de la vie économique, sociale, culturelle et politique». De son côté, Marc Uri Porat, dans un rapport célèbre estime que 80 % des travailleurs dans les pays développés s'occupent ou s'occuperont bientôt d'information et de services. Et Jacques Attali complète «Dans cette société mondiale, les développements essentiels porteront sur les secteurs de la communication et de création de l'information et sur les réseaux permettant de faire circuler cette dernière» (Hypermonde et géopolitique. Documentaliste-Sciences de l'information, mai juin 1998, vol 35, n° 3, p.139-143).

C'est dire l'importance de l'information dans nos sociétés contemporaines avec l'émergence de nouveaux besoins, l'émergence du secteur de l'information comme source future de productivité et des conséquences sur les professions, les entreprises et les citoyens encore mal mesurées. Il paraît évident dès lors que l'école apprenne à l'élève, à cet homme en devenir, à se conduire dans cette société de l'information, à acquérir cette culture de l'information qui lui permettra de se repérer et de se construire.

La dérive techniciste et économique.

Pourtant, lorsque l'on examine les actions comme les discours autour de cette société, on peut émettre la crainte de voir le déterminisme techniciste l'emporter en méconnaissant les processus d'appropriation des nouvelles technologies. Les textes fondateurs de la société de l'information font une place importante aux questions sociales qu'elle soulève. Ainsi Al Gore présente les autoroutes de l'information comme un moyen de rapprocher les hommes et d'éviter que n'apparaisse une barrière séparant info-riches et info-pauvres. Pourtant le Sommet mondial de l'information est placé sous la responsabilité de l'Union internationale des télécommunications (ITU), organisation animatrice des industries du «tuyau». Le plan d'action eEurope montre que la rationalité techno-économique l'emporte sur la dimension sociale. «De nombreux projets de démocraties électroniques conçus par des équipes d'ingénieurs sans connaissances spécifiques en sciences politiques ni en sociologie, révèlent un haut degré d'incompréhension du fonctionnement des processus décisionnels», écrit Laurence Monnoyer-Smith qui ajoute «Les élèves, les citoyens et les administrés restent encore les grands absents de la société de l'information, malgré les «efforts» de la Commission». (Heurs et malheurs de la société de l'information dans l'Union européenne. Communication et médias. La documentation française, 2003). Nous exprimons cette même crainte que la rationalité technique l'emporte aussi dans l'école. L'un des textes proposés lors du Capes externe de documentation, session 2004, porte le titre : Intranet d'établissement : une volonté de travailler ensemble. Il semble que l'on place ici la charrue avant les boeufs. N'est-il pas plus correct d'écrire : une volonté de travailler ensemble : l'intranet d'établissement, un outil facilitateur ? Car ce n'est pas l'intranet qui va donner aux hommes cette volonté. Ce sont les hommes et d'abord eux qui vont s'exprimer, acquérir cette volonté et l'utiliser pour construire le système d'information qui offrira le «point d'accès unique aux ressources et services d'un établissement. Le système d'information doit en améliorer la visibilité, éviter aux enseignants et aux élèves de se perdre et permettre d'exploiter et de gérer au mieux les ressources proposées». (Document préparatoire de la journée).

Enseigner autrement, enseigner par le document.

L'institution scolaire a compris depuis longtemps l'importance de donner à ses élèves une culture informationnelle lui permettant d'aborder sa vie d'adulte en pleine conscience et force face aux très nombreuses problématiques soulevées par l'information (sur ou sous information, pollution de l'information, manipulation de l'information, infoguerre...) sur lesquelles nous reviendrons. L'ensemble des acteurs pédagogiques participe à la formation des élèves. Toutefois, les enseignants documentalistes ont reçu cette mission prioritaire en mettant à la disposition de tous, des ressources documentaires et en gérant des centres de documentation, les CDI. Ce qui anime en priorité les enseignants documentalistes, c'est de donner accès à l'information par l'intermédiaire du document et non plus par la seule voie de la parole magistrale. Le documentaliste est l'héritier de la documentation telle que l'a créée son fondateur qui découvre que le document donne l'autonomie à son utilisateur. Le document se présente donc comme une solution à l'accès au savoir et à la connaissance, une solution pour la diffusion à un plus grand nombre de personnes. En donnant à l'émetteur la possibilité d'émettre par l'intermédiaire du document, ce dernier donne au récepteur la liberté d'y accéder librement. Le document ouvre donc sur un schéma de communication indirecte où auteur et lecteur se rencontrent par la médiation du document avec pour le lecteur, une certaine liberté spatio-temporelle. Dans l'école traditionnelle, l'information est le fait du seul enseignant. C'est le cours magistral qui a tant fait couler d'encre. Le document n'intervient que pour illustrer cette parole, parfaire cette matière première, distribuée dans un lieu bien identifié, la classe, dont l'enseignant est le principal acteur. Avec la documentation, le document change de statut et, avec lui, le lieu dans lequel il est mis à disposition et la personne chargée de son traitement. Désormais, il n'est plus seulement illustration, second par rapport à un cours. Il prend la première place. De plus, en se diversifiant, il donne à son utilisateur la possibilité de trouver l'information dans une forme qui lui parle, lui convient le mieux. Le document constitue donc une double solution : solution à l'individualité des récepteurs et à leur rythme de travail ; solution aux limitations spatio-temporelles et quantitatives imposées dans le groupe classe. Le document est chargé, à l'égal du maître, d'enseigner. Comme lui, il «signale» l'information avec un plus : il apporte l'autonomie d'accès et l'autonomie dans son appropriation. Cela implique que l'ensemble des documents mis à la disposition de l'usager du système d'information soit rassemblé dans un même lieu réel ou virtuel et «documentairement» traité.

Deuxième bilan

Nous retenons de ce qui précède que la création et la maintenance d'un système d'information dans un établissement scolaire doit participer à l'idéologie du partage des savoirs et de lutte contre l'exclusion. Cela signifie concrètement, la mise à disposition pour l'utilisateur d'information documentée et adaptée, ce qui définit la tâche documentaire.

Material. Avec quel matériau ou information constituer et maintenir le système d'information ?

Mais de quelle information parle-t-on ? Nous reposons la question abordée ci-dessus mais dans une autre optique. Il n'est plus question de confondre l'information, donnée binaire qui relève de l'industrie du secondaire (l'électronique) et l'information, notion qui relève du tertiaire. Ici, l'information renvoie à une activité humaine : celle de mettre une connaissance dans une forme, le plus souvent le langage mais aussi de plus en plus, sous la forme d'images et de son, sous une forme multimédia. L'information englobe donc toute production individuelle ou collective faisant intervenir l'intelligence humaine et prenant la forme d'un service (collecte, traitement...) pouvant donc être communiquée sous une forme lisible par l'homme. L'information est le résultat d'une activité caractéristique de l'homme et comme toute activité humaine, elle se révèle riche et polymorphe. Il importe donc de comprendre que dans un système d'information co-existent des informations de type très différent, nécessitant un traitement ainsi qu'une évaluation différenciée. Cette réflexion nous entraîne à observer l'information quand elle traduit un contenu mais aussi la forme dans laquelle s'incarne ce contenu.

L'information et son contenu. Jugement d'existence et jugement de valeur.

En schématisant un peu, on peut décrire les informations autour d'un axe principal qui est celui de la validation. On peut, en effet, établir une distinction entre l'information-connaissance et l'information-opinion ou comme l'exprime Durkheim entre le jugement d'existence et le jugement de valeur.

L'information-connaissance est l'information scientifique et technique validée par des chercheurs, des spécialistes. On peut ranger dans cette catégorie, toutes les informations disciplinaires telles que la géographie, les mathématiques, la grammaire ou l'histoire. Ce type d'information nécessite une réflexion sur la valeur de la vérité et l'erreur. En effet, le rythme de renouvellement du savoir s'est fortement accéléré dans ces dernières années. En chimie, par exemple, des scientifiques estiment que la moitié de ce qui est considéré comme vrai aujourd'hui n'aura plus de valeur dans 10 ans. Il en va de même pour la médecine et pour d'autre disciplines scientifiques. La vérité aujourd'hui est l'erreur de demain. Cette relativité des connaissances humaines, acquise avec la culture scientifique, a un impact sur la documentation réfléchissant à l'obsolescence des savoirs par l'intermédiaire des dates d'émission de l'information concernée. Apprendre à l'usager à repérer ces dates et, du même coup, à dater ses propres documents est un point important dans l'acquisition d'une culture documentaire.

L'information-connaissance ouvre sur la problématique de son acquisition et de son appropriation par l’élève, vérifiée par l'enseignant concerné.

L'information-opinion peut se résumer dans la connaissance vulgaire ou sensible. Le sens commun, l'information publicitaire, l'information journalistique ainsi que tout un ensemble de pseudosciences en sont des exemples. Ces connaissances, par-delà leurs différences, présentent les mêmes caractéristiques : elles sont particulières, contingentes et non coordonnées. Elles se présentent comme un ensemble fragmentaire non relié par l'esprit en un tout cohérent. Elles sont contaminées par une foule de préjugés et stéréotypes souvent indéracinables. Savoir fragile dans ses rapports à la vérité, sujet à l'erreur, l'information-opinion pose deux réelles problématiques dans l'enseignement : celle de faire acquérir par l’élève le recul critique qui lui permettra d'accorder ou pas crédit à l'information recherchée et trouvée ; celle de l'ordonner dans un tout organisé. L'information-opinion constitue l'essentiel de l'information en dehors de la classe et des matières inscrites au programme. Elle est donc quantitativement très importante mais surtout elle entre dans la vie de l'usager de façon irruptive, le laissant souvent passif, informé malgré lui. Elle est partout : sur les murs des rues, dans les émissions radiophoniques, télévisuelles, les magazines, les journaux. Elle présente le danger d'induire en erreur dans l'acquisition de connaissance mais surtout d'induire en erreur dans l'acquisition des valeurs humaines. Acquérir une information «fausse» sur le jardinage paraît bien anodin par rapport à la problématique née de ces informations argumentant le «bien-fondé» du racisme, de la haine, de l'esclavage... Car l'information-opinion est profondément polluée. C'est la rumeur, l'hoax, la désinformation, la propagande... où l'information est manipulée volontairement pour convaincre et faire adhérer à des idéologies contraires au respect de l'homme et de sa liberté.

C'est pour ce type d'information que certains ont émis l'idée de créer une AOC (Appellation d'Origine Contrôlée) pour les sites Internet. C'est pour ce type d'information qui sort du cadre de la classe mais entre par tous les moyens actuels d'information que le documentaliste doit se battre pour faire admettre l'impérative nécessité de l'acquisition d'un esprit critique, d'une culture de l'information, condition dans la formation de tous les citoyens du monde.

Par ailleurs, cette information, nous l'avons déjà dit, a la caractéristique d'être émise de façon «monocorde», pourrions-nous dire, car elle mêle côte à côte le futile et l'essentiel, l’accessoire et l'important sans aucune hiérarchie. Apprendre à classifier, à hiérarchiser l'information est un autre but important de la culture documentaire.

L'acquisition d'une méthode. Ces deux types d'information se rejoignent pour des problématiques communes bien connues des enseignants documentalistes : donner à l’élève une méthodologie de recherche d'information, lui apprendre à évaluer les sources, à acquérir un esprit d'analyse et de synthèse. C'est aussi lui apprendre à mémoriser l'information trouvée, c'est-à-dire acquérir une méthode d'organisation du travail intellectuel. C'est lui apprendre aussi à faire face à la surinformation dont tout utilisateur d'Internet est le témoin. Il faut pour cela se rappeler que l'homme n'est pas et n'a pas qu'une tête. Face à l'information, il réagit dans sa totalité, avec, entre autre, son émotivité. Cela peut se traduire par des découragements quand l'information à trier est quantitativement trop importante.

L' «in-forma»tion

Le matériau de base constituant la base du système d'information dans l'établissement scolaire peut donner lieu à une autre réflexion concernant sa ou ses formes. Se rappeler de l'étymologie du terme (in forma) entraîne à réfléchir sur l'importance de la forme donnée à la connaissance. Ceci est à l'origine de deux interrogations : quelles sont les formes dans lesquelles la connaissance peut être coulée ? La forme choisie pour exprimer une connaissance a-t-elle une influence sur la connaissance exprimée ?

Il existe plusieurs systèmes de signes permettant d'associer un signifiant et un signifié. Ce sont tous les moyens d'expression écrite, audiovisuelle, visuelle... On peut cependant se demander, face à cette palette des formes dans lesquelles une connaissance peut être façonnée, si tous les savoirs sont égaux. On peut déterminer, en effet, des savoirs «monoformes» (comment exprimer autrement que dans des chiffres, l'arithmétique, dans des formules chimiques, la chimie ou dans des concepts, la philosophie ?) et des connaissances plus concrètes et multiformes. On peut émettre l'hypothèse que plus on s'approche d'une connaissance concrète et plus on peut l'exprimer sous des formes différentes. Ainsi, le schéma d'une scie sera le même pour tout le monde ; mais la photographie d'une scie pourra différer en fonction d'un tas de facteurs : le modèle, la lumière, la couleur... Or aujourd'hui, l'image prend une importance singulière et semble concerner en priorité l'information-opinion. La forme a un effet sur le sens. Toutes les études sur l'image le démontrent. Cette réflexion redouble la nécessité pour l’élève d'apprendre à «lire» pour apprendre à se reculer face à l'information exprimée ; les formes données au message donnant parfois ouverture sur des pollutions volontaires ou non de l'information.

Troisième bilan ou de l'information à la connaissance

L'information apparaît intimement liée aux concepts de connaissance dont elle n'est qu'un élément. Le savoir évoque l'idée de somme. Il englobe l'aspect quantitatif des connaissances explicitées, mises en ordre et organisées. Le système d'information dans un établissement scolaire ne doit pas se réduire à l'acquisition d'une plus grande quantité d'informations. C'est pourtant ce sur quoi aujourd'hui se focalise le réseau Internet. A ce sujet, Théodore Zeldin remarque : «L'Internet en est encore à l'âge de Bouvard et Pécuchet dont l'ambition était de copier toutes les connaissances. Nous disposons maintenant d'une immense masse d'informations de toutes sortes et c'est tout à fait valable ; c'est merveilleux de pouvoir y accéder, mais la question est : "Comment pouvons-nous transformer ces informations en savoir et en sagesse au service de nos propres desseins ? Comment pouvons-nous développer notre propre sagesse ?" L’Internet n'offre aucune sagesse». (Le futur de l'Internet. in Text-e : le texte à l'heure de l'Internet. Paris : Bibliothèque Centre Pompidou, 2003, chapitre V, p.126). Ce texte est accessible en ligne : http://www.text-e.org). La création d'un système d'information devrait répondre à ces mêmes interrogations. Celles-ci devraient avoir un impact sur une politique d'acquisition fondée sur la qualité et non pas sur la quantité et sur la pédagogie documentaire préoccupée par la transformation de l'information en connaissance.

Machines. Quel équipement ou outil pour le système d'information ?

Nous retrouvons ici la dichotomie distinguant le créateur et l'utilisateur du système d'information. Car le choix des outils ou des équipements doit se préoccuper de ces deux catégories d'acteurs. Mais nous trouvons également une autre dichotomie concernant d'une part les outils informatiques et d'autre part, les outils documentaires, c'est-à-dire les documents.

Les outils informatiques

Les outils pour la création ou la maintenance d'un système d'information

On pense bien sûr en priorité à l'équipement informatique. Nous ne parlerons pas ici du «hardware». Connaître le champ des possibles au plan technique, notamment au plan des caractéristiques et des potentialités, s'avère précieux pour faire les choix les plus avisés. C'est pourquoi le documentaliste doit exercer une veille constante sur ces possibles. En ce sens, nous regardons plutôt les outils d'informatique documentaire susceptibles d'assister le documentaliste dans ses tâches ou l'utilisateur dans sa recherche d'information. Ces outils jouent effectivement un rôle vedette puisqu'ils ouvrent sur des possibilités documentaires déterminantes. Nous les présentons autour de deux axes portant sur l'accès à l'information et sur son traitement.

L’ACCèS à L’INFORMATION. Nous partons tout d'abord de l’accès sans limites à des flux de plus en plus importants d'informations mis à la disposition de l'utilisateur final. Les chiffres se succèdent pour dire l'importance du web visible et du web invisible (visiter le site maintenu par Intelligent.center pour obtenir les chiffres caractérisant le web invisible). Ainsi, dans de nombreuses situations, le réseau internet est une solution aux obstacles à la diffusion de l'information. Mais il ouvre également sur des questionnements originaux. Comment, par exemple, éviter que l’élève ne trouve des sites que l'humaniste rejette ? Comment contrôler les sites trouvés ? La réponse est nette. Les politiques d'acquisition et donc les accès à l'information électronique doivent répondre aux mêmes critères que ceux qui dirigent l’accès à l'information sur support imprimé : censurer tous les documents chargés de non-valeurs. En ce sens, les technologies offrent plusieurs solutions. C'est d'abord la création de portails qui proposent, collectées et traitées par le professionnel de l'information, des informations classées concernant un ou plusieurs domaines. C'est aussi le choix de créer un intranet limitant les accès à des sites choisis préalablement par l'équipe éducative. A l'enseignant documentaliste, les technologies de l'information pèsent essentiellement sur sa politique d'acquisition en le faisant passer d'une logique de stock à une logique de flux et de vérification de ces flux.

LE TRAITEMENT DE L'INFORMATION. En ce sens, elles l'interrogent également sur le choix des outils utilisés pour l'assister dans le traitement de l'information. Il serait trop long ici de faire le point sur les outils de génération de textes susceptibles de l'assister dans les actions d'analyse documentaire, d'indexation ou de traduction. Des outils tels que Pertinence ou Systran offrent des possibilités originales à utiliser tant dans une perspective de gestion d'un fonds documentaire que dans une perspective pédagogique.

Les outils pour l'utilisation d'un système d'information

Ils concernent deux chapitres : la communication humaine et la communication de l'information par le système

LA COMMUNICATION HUMAINE. Nous ne ferons que citer des outils bien connus maintenant tels que le courrier électronique, les listes de diffusion ou les forums. Ils jouent un rôle important dans les échanges entre les individus ou les groupes d'individus en permettant, par exemple, la mise en place de système de filtrage collaboratif ci-dessus évoqué ou la création de site basé sur la philosophie «wiki».

LA COMMUNICATION DE L'INFORMATION. Le système d'information peut offrir à l'utilisateur final, dans sa recherche d'information l'assistance d'agents intelligents. A leur sujet, il importe de préciser nettement leurs limites et leurs possibilités afin d'éviter de les considérer comme des baguettes magiques gommant toutes les difficultés, langagières en particulier, liées à la recherche d'information. Mais le système d'information peut offrir également la possibilité de présenter les informations trouvées de façon beaucoup plus ordonnée et conviviale en s'appuyant sur des outils nés des recherches portant sur la fouille de données ou synthèse automatique qui classifient automatiquement les informations et les présentent sous forme de cartographie ordonnant les résultats. Les moteurs Kartoo ou MapStan en sont une illustration. Mais le documentaliste curieux peut visiter le site consacré à «Taïga», système intelligent créé par Thomson pour analyser et synthétiser automatiquement les informations émises par les Russes lors de la chute du rideau de fer.

Nous ne voulons pas nous étendre sur les solutions ou les possibilités techniques réelles offertes. Nous voulons de nouveau exprimer la crainte de voir le système d'information dans l'établissement scolaire limité au seul «dispositif informatique global d'accès à la documentation et à l'information multimédia, depuis un poste de travail ou de consultation banalisé, grâce à une interface rendant transparente à l'usager les différents langages et normes des systèmes agrégés constitutifs». (Document préparatoire de la journée). Car «ce poste de travail ou de consultation banalisé» entraîne dans l'oubli un outil de base essentiel pour le documentaliste comme pour l'utilisateur : à savoir le document.

Les outils documentaires

Certains seront peut être choqués de voir le document côté support, qualifié d'équipement ou d'outil. Et pourtant, le document est bien un objet permettant d'accéder au savoir. On peut donc le considérer comme un outil ou équipement. Des lors, la création comme l'utilisation d'un système d'information dans un établissement scolaire imposent de réfléchir sur trois principaux points.

L'espace page et l'espace écran des sources d'information complémentaires

Ces deux espaces nous entraînent à constater l'engouement des élèves mais aussi de nombreux adultes pour la recherche sur le seul réseau Internet au détriment de la recherche sur d'autre supports, imprimés essentiellement. Or, tous les documents n'ont pas encore fait l'objet d'une numérisation. C'est dire qu'ils ne sont pas consultables autrement que sous une forme papier. N'offrir d'accès qu'aux documents numériques représente ainsi une regrettable limitation. Car la documentation numérique caractérise en priorité des documents usuels, dictionnaires, encyclopédies ou des documents de la littérature secondaire (banques de données catalographiques ou bibliographiques) ou l'information évènementielle. Or des documents-papiers existent fort intéressants concernant souvent des petits éditeurs ou des documents émis dans des langues rares ou tout simplement encore non numérisés. Dédier le système d'information aux seuls documents numériques ou numérisés a pour résultat de priver les utilisateurs de sources d'information essentielles. Mais cela implique aussi sur le plan pédagogique la nécessité d'avoir deux apprentissages complémentaires mais indispensables pour deux types de lectures différenciées.

DES APPRENTISSAGES DIFFÉRENCIÉS. Lecture numérique et lecture imprimée différent énormément. Les repères dans l'espace changent. L'homme a besoin, comme l'exprime Virilio d'une nouvelle boussole. Toutes les études concordent pour reconnaître que le codex, livre composé de feuilles pliées, assemblées et reliées, en supplantant le rouleau qui jusque-là avait porté la culture écrite, a transformé profondément les usages des textes. «Avec la nouvelle matérialité du livre, des gestes impossibles devenaient communs : ainsi écrire en lisant, feuilleter un ouvrage, repérer un passage particulier».(CHARTIER, Roger. Lecteurs et lectures à l'âge de la textualité électronique, in Text-e : le texte à l'heure de l'Internet. Op.Cit, chapitre 1, p. 18). Le codex rendit possible un rapport inédit entre le lecteur et ses livres. Sommes-nous à la veille d'une semblable mutation ? Sûrement car le document numérique efface les différences entre les genres et les usages des textes. Mais pour l'instant la coexistence existe et invite a réfléchir sur les modalités de lecture spécifique que permet le livre électronique. Car il ne s'agit pas d'une substitution d'un support. Il s'agit d'une nouvelle forme d'organisation de l'information sur un support inédit. Un des points marquants est la rupture du document numérique avec la lecture linéaire. L'hypertexte et l'hyperlecture permettent à chacun de créer son hyperdocument. Que devient l'apprentissage des documents imprimés, les repérages grâce aux titres, sous titres, paragraphes, index, sommaire... face à l'apprentissage de documents numériques où les repérages se font de façon complètement différente avec des URL ou des métadonnées très souvent difficiles à lire et à comprendre ?

Littérature grise ou littérature commerciale ? Une autre problématique doit préoccuper les professionnels de l'information dans la construction d'un système d'information. Celui-ci n'offre-t-il pas l'opportunité de favoriser l’accès à la littérature secondaire, voire tertiaire ? Ce sont, par exemple, les devoirs d'élèves, des cours, des exercices proposés par des enseignants, des travaux divers résultants de collaborations d'acteurs différenciés venant de disciplines elles-mêmes différenciées. Ainsi, les technologies de l'information offrent une occasion pour donner accès à des informations grises que les systèmes traditionnels ne pouvaient prendre en charge pour des raisons matérielles. La capacité de traitement, de mémorisation des équipements permet de pratiquer ce qu'aujourd'hui, on appelle la gestion des connaissances ou Knowledge Management (KM)

Littérature primaire ou secondaire ? Dans le même esprit, une discussion doit être engagée portant sur les outils documentaires traditionnels. Il ne nous appartient pas ici d'engager la discussion de façon profonde. Il s'agit d'attirer l'attention sur les questionnements qu'entraîne dans un service de documentation, l'utilisation de technologies de l'information. Un outil documentaire tel que le thésaurus garde-t-il désormais son sens et son rôle? Que signifie le catalogue dans cette logique de flux dont nous parlions précédemment ? Ce sont autant de questions auxquelles nous ne répondons pas ici. Nous devons cependant, impérativement les poser à l'occasion de la remise en cause du système d'information dans l'établissement scolaire tel qu'il existait avant que n'arrivent, dans son environnement, les technologies de l'information.

Method. Comment réaliser et utiliser un système d'information ?

Nous nous dirigeons pour répondre à cette cinquième interrogation sur deux voies. La première concerne celle que doit suivre le créateur d'un système d'information dans l'établissement scolaire. La seconde, essentielle, porte sur celle que doit suivre le professionnel soucieux de son utilisateur. Nous les abordons de façon très générique en n'ignorant pas que se greffent sur ces généralités, de multiples questions spécifiques concernant des choix à faire.

Workflow et groupware. Le principal impact des technologies de l'information porte sur les collectifs de travail. La préoccupation du travail en équipe n'est pas nouvelle. Elle trouve un regain d'intérêt grâce aux technologies de l'information. En effet, des outils technologiques, tels ceux facilitant le travail coopératif, permettent de mettre des ressources en commun, facilitent les problèmes de coordination et de travail en commun. Nous pouvons, en ce sens, distinguer deux principales familles d'application : le workflow et le groupware. Pour simplifier, on peut dire que le workflow consiste dans la normalisation du travail. C'est la rationalisation du travail. Celle-ci ne dépaysera pas le professionnel de l'information habitué à remplir des bordereaux normalisés de catalogage, d'analyse ou d'indexation structurée. Les groupware offrent, quant à eux, aux utilisateurs un espace commun de partage d'information avec, en général, des fonctionnalités de stockage, de notification et d'agenda partagés. Ce sont ces utilisateurs qui, par la suite, fixent les règles qui régissent leurs fonctionnements. Alors que le workflow est efficace dans les activités de routine, le groupware fonctionne davantage sur un mode incitatif. Il est à la base de travaux communautaires. Wikipédia en est le porte-parole.

Formation a la recherche documentaire. Il y a beaucoup à dire sur cette formation qui semble devenir apparemment inutile avec l'avènement du réseau. Internet. Cependant, il importe de se méfier des apparences car la formation à la recherche devient plus que jamais impérative dans notre société de l'information. Il faut, en effet, dénoncer vertement l'illusion d'efficacité et d'autonomie que donne le système générique d'information actuel : Internet. Ce dernier, quelle que soit la question, apporte toujours de multiples réponses. Cela fait croire, à tort, à l'usager qu'il sait non seulement utiliser le réseau mais encore qu'il sait mener une recherche documentaire. Or, ce réseau fait vivre de nouvelles problématiques comme l'indispensable formation à l'instrument ou formation «presse-bouton». Mais il ravive des problématiques liées de tout temps à la formation à la recherche en les rendant profondément plus complexes dans un habillage apparent de simplicité. Ainsi, une recherche d'information commence, en amont par la transformation d'une «culture sur demande» par une culture pour soi, c'est-à-dire inspirée par un utilisateur libre et curieux. Elle se continue par le choix des sources, souvent accessibles sur le web invisible, l'explicitation du besoin à travers une équation de recherche. Pendant la recherche, elle met en jeu un processus itératif permettant d'ajuster en temps réel, les résultats obtenus avec la question posée. Enfin, avec la recherche terminée, commence une nouvelle phase : celle de sa mémorisation et celle de son appropriation dans lesquelles interviennent obligatoirement ensembles, le documentaliste et le ou les spécialiste(s) de la discipline concernée. Au cours de cette phase, l'enseignant documentaliste passe obligatoirement le relais au spécialiste, à même de juger du bien fondé des informations trouvées, validées et assimilées par celui qui les a recherchées.

La formation à la recherche d'information reste, malgré les apparences, absolument indispensable car l'autonomie, la liberté de l'utilisateur final reposent sur des fonds mouvants. S. Broadbent et F. Cara, consultants chez Coji, (Les nouvelles architectures de l'information, in Text-e, Op.Cit, p.197/198) examinent ce que «font les gens sur le Web». Ils distinguent ainsi les utilisateurs «experts» (ce que sont ou devraient être les professionnels de l'information), les utilisateurs «naïfs » qui ne sont pas encore entrés dans le monde de l'Internet et, enfin, les utilisateurs «légers», quantitativement les plus présents sur ce réseau. «La plupart des utilisateurs «légers» ont des comportements très stéréotypés : après six mois d'utilisation de l'Internet, ils n'essaient même plus de faire des recherches avec un moteur de recherche et consultent systématiquement les mêmes six ou sept sites». L'observation d'étudiants, par exemple, montre qu'ils ne connaissent souvent et n'utilisent que quelques moteurs ou annuaires tels que Google ou Yahoo tout en affirmant sincèrement savoir se servir du Net. Mais interrogés, ils avouent leur ignorance sur ce qu'est un métamoteur, la différence existant entre un annuaire et un moteur de recherche. Ils ne savent pas ce qu'est une métadonnée et comment y accéder, la possibilité offerte par la plupart des outils de recherche de faire des recherches avancées...

De plus, révèlent les auteurs ci-dessus mentionnés, «La navigation à l'intérieur des sites est aussi très procédurale et suit des routines rigides» (Op.Cit, p.199). Nous nous trouvons ici dans une situation inédite que Platon résume très bien dans le mythe de la caverne où les ombres sont prises par l'homme pour la lumière. Plus la recherche semble facile et plus l'utilisateur s'enfonce dans l'ombre, persuadé qu'il est sur la bonne voie. C'est ce que dénonce avec force l'enseignant documentaliste. Il défend, encore plus aujourd'hui, une nécessaire formation à la recherche documentaire. Il devra se battre pour la faire admettre tant est grande l'illusion du «savoir chercher» et la confiance dans la puissance des agents intelligents qui font la recherche à la place de l'homme ! "Il est clair", écrivent B. Pochet et P. Thirion, "qu'il n'existe pas de capacité innée de repérage et d'exploitation de l'information. C'est un leurre. Un leurre politiquement porteur peut-être. L'utilisateur ne peut, sans apprentissage, naviguer efficacement à travers les écueils de l’accès et de l'exploitation d'une information de qualité. Ce sont des compétences qui s'acquièrent et pour lesquelles l'institution scolaire a un rôle essentiel à jouer. Pour nous, il s'agit là d'un enjeu fondamental du système éducatif, car ce sont des compétences démultiplicatrices. Elles ne sont pas une fin en soi, mais un moyen inévitable pour accéder à d'autre compétences". (POCHET Bernard, THIRION Paul. Formation documentaire et projets pédagogiques in BBF, janvier 1999, t.44, no 1, p.16-22)

Money. Avec quel moyen financier réaliser et maintenir un système d'information ?

Ceux qui décident de faire vivre un système d'information doivent se préoccuper des coûts engagés dans ce système, de ses performances et de sa rentabilité. Malheureusement, celles-ci répondent à des logiques qui se révèlent souvent incompatibles avec les impératifs pédagogiques. C'est le cas, par exemple, de la gratuité de l'information voulue par l'utilisateur mais non pas par le fournisseur.

Les coûts d'un système. Un système à un coût qui fait intervenir un certain nombre de postes budgétaires : le temps de travail du personnel ; l'équipement et sa maintenance ; le consommable ; les charges externes (frais de télécommunications...) ; les frais d'administration ; ceux de service (nettoyage, climatisation...). Il ne nous appartient pas ici d'aller plus avant dans cette comptabilité. Nous voulons, cependant, souligner que les technologies de l'information changent la «donne» pour certains types de documents. Les abonnements électroniques des éditeurs commerciaux, par exemple, se révèlent être plus chers et moins rentables que les abonnements papiers. Car l'abonnement électronique donne à l'abonné le statut de locataire et non plus de propriétaire ; de plus, la TVA est plus chère. Cet état de fait est à l'origine de la création de consortium d'achat, tel Couperin, réunissant plusieurs bibliothèques pour une exploitation partagée des abonnements.

Gratuité des informations. L'aspect financier qui interpelle les acteurs éducatifs porte à la fois sur la gratuité des équipements et sur celle des informations. Ils défendent la gratuité au nom de la lutte contre l'exclusion et l'égalité d'accès pour tous au patrimoine informationnel. Mais, ils se heurtent à la logique financière des fournisseurs d'information : organes de presse et d'éditions, producteurs de bases et de banques de données, fournisseurs d'information qui entendent bien vendre leurs produits et tirer bénéfices de ces ventes. Pour y voir plus clair, il convient de distinguer les coûts, leur mode de financement et les conditions d'accès à des corpus d'information. Car la gratuité à un coût. Il faut donc se battre pour l'obtenir mais en ayant conscience que, quelque part, il y a un payeur. C'est une condition à connaître par tous ceux qui en bénéficient, pour devenir responsable. Or cet aspect est trop souvent occulté dans l'acte éducatif. C'est dire ainsi que tout système d'information nécessite un appel à la citoyenneté et donc une formation déontologique.

Measurement. Comment évaluer un système d'information ?

De très nombreuses études portent sur l'évaluation d'un système d'information posant la question de l'évaluation globale du système ou, au contraire, d'un point précis de son fonctionnement.

L'évaluation globale concerne deux principales données quantitatives ou qualitatives : la performance du système et le degré de satisfaction de l'utilisateur final.

Mesures quantitatives. «L'étude des phénomènes informationnels, explique Y.F Le Coadic, a révélé l'existence de régularités, de rapports mesurables, de distributions qui ne peuvent être mis à jour que par l'application de la mathématique et de la statistique. Cela a donné naissance à un nouveau champ de recherche en science de l'information appelé «infométrie». (Mathématique et statistique en sciences de l'information. Paris : CNAM-ICST, 2002). L'infométrie mathématique permet de mesurer la performance de la «boîte noire» du système. C'est, par exemple, la mesure du silence ou du bruit lors d'une recherche documentaire, celle de l'obsolescence de l'information. L'infométrie statistique permet de mesurer la fréquentation d'un système d'information, le nombre de fois où un document est consulté ou un site visité, le taux de croissance d'un site (webométrie). Elle permet également de calculer la co-occurrence entre des mots clés.

Mesures qualitatives. Le système répond-t-il aux besoins, aux demandes et aux attentes des utilisateurs ? Pour le savoir, les responsables du système doivent mener des enquêtes régulières. Ils doivent savoir aussi en pondérer les résultats car les mesures de satisfaction de l'utilisateur se heurtent à la problématique du besoin et à la relativité de son opinion.

Les sciences humaines et sociales étudient depuis longtemps la notion de besoins liés à l'apparition de toutes activités humaines. L'analyse de ce concept renvoie à de nombreuses problématiques que l'on peut décrire autour de trois principaux axes :

C'est d'abord l'émergence et l'explicitation du besoin ; c'est aussi le décalage existant ou pouvant exister entre les acteurs concernés. Celui qui prend conscience d'un besoin n'est pas forcément celui qui en a besoin. Les remarques «On n'en a pas besoin ; on fait très bien sans ; à quoi «ça» sert ?» sont des phrases couramment émises par les élèves, verdict que l'on entend par ceux qui n'éprouvent pas de besoins que d'autre éprouvent à leur place, tentant d'y répondre. On n'a pas besoin de connaître l'histoire ou la géographie pour vivre. Alors pourquoi apprendre ces disciplines ? Par contre, il est impérativement nécessaire de savoir lire et écrire. Ce sont des besoins essentiels et vitaux.

Cette remarque entraîne sur un deuxième axe de réflexion concernant la hiérarchie des besoins distinguant ceux qui répondent à des nécessités vitales (lire, écrire...), essentielles mais non nécessaires (certaines disciplines scolaires...), accessoires (savoir écrire en gothique, par exemple). Où se situe le besoin détecté ?

Enfin, les réponses pour satisfaire un besoin peuvent être différentes suivant les personnes ou les groupes professionnels concernés. Il peut y avoir conflit de méthodes, de processus, de manières de faire. Par ailleurs, les jugements personnels des utilisateurs sont très influencés par les situations dans lesquelles ils se trouvent, leur niveau, leur âge, l'usage qu'ils entendent avoir de l'information recherchée... C'est pourquoi, remarque B. Vickery, l'évaluation reste un art difficile et incertain. (Op.Cit, p.299).

CONCLUSION

Nous avons découvert au début de notre réflexion la complexité du concept de système. Le système d'information dans l'établissement scolaire devra prendre en compte l'ensemble des éléments analysés ici, les mettre en interaction dynamique, les organiser en fonction des objectifs examinés ci-dessus. Nous avons vu également le risque du malentendu consistant à réduire ce concept à la seule facette de l'informatique. Tout notre travail tend à prouver qu'un système d'information dans un établissement scolaire est, non seulement, difficile à créer et à maintenir, mais aussi que le professionnel de l'information y joue un rôle locomotif. Ce rôle le fait intervenir dans le fonctionnement de la «boite noire» du système mais surtout dans les communications avec tous les acteurs concernés.

Nous avions rencontré l'homme au début de cette conférence. C'est sur l'homme que nous allons conclure. L'homme dont la présence se révèle indispensable dans l'acte d'apprentissage, ce que M. Serres traduit par la notion de «présentiel». L'enseignant documentaliste est un médiateur entre les documents et les utilisateurs. Il doit marquer sa présence par sa disponibilité et son écoute à leur égard.

Par ailleurs, il importe de se méfier des discours technocrates glorifiant les technologies toujours plus performantes que l'homme, qui vont donc le remplacer. Or, constate Scardiggli dans le Sens de la technique (Paris : PUF, 2000) : «jamais il n'apparaît de passage à un autre mode de société, de bouleversement soudain des structures sociales et de l'organisation de la vie en société, de mutations de valeurs et de la culture quotidienne. Le décalage est considérable entre l'ampleur des transformations annoncées et ce que les technologies nouvelles deviennent bien prosaïquement. Elles n'ont pas réussi à être des technologies du social.» Le social relève de l'homme et seulement de lui. Dans un établissement scolaire, les acteurs éducatifs ne doivent jamais perdre de vue que l’élève n'est pas qu'une tête. Il est une personne et, à ce titre, doit pouvoir bénéficier d'une rencontre humaine, incluse impérativement dans le système d'information.

«Nous devenons parfois les esclaves de ces nouvelles technologies», remarque T. Zeldin en parlant du réseau Internet (Op.Cit, p. 124). Nous qui voulons transmettre à nos enfants les valeurs de l'humanisme fondées sur la reconnaissance de l'autre et de sa liberté, soyons conscients de ce risque et, à travers le partage des connaissances, sachons garder notre liberté.

Marie-France Blanquet
Bourg, 08 juin 2004